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Goldman Sachs : Frankenstein de la finance ou bouc-émissaire?

La Tribune

Publié le 04 septembre 2012 à 21:02 - Mis à jour le 04 septembre 2012 à 21:02

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18 juillet 2026

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Rarement un docu-fiction aura été aussi bien « marketté ». Diffusé ce mardi 4 septembre en « Prime Time » de la soirée sur Arte, l\'enquête sur « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » proposé par Jérôme Fritel, journaliste à l\'agence Capa, et Marc Roche, le chroniqueur financier du journal Le Monde dont il est le correspondant à Londres, a été annoncé à la presse depuis le mois d\'août. Ce « thriller financier exceptionnel » mérite de fait que l\'on s\'y attarde, s\'inspirant du succès du film « Inside Jobs » dont il reprend en partie les recettes, en mêlant témoignages exclusifs et images d\'archives. « Inside Jobs » était la dénonciation d\'un système, quasi-mafieux, qui a conduit à la crise des subprimes, et l\'aveuglement coupable ? voire la complicité, dont ont fait preuve les responsables de l\'époque. Le documentaire d\'Arte concentre le tir sur un seul acteur, Goldman Sachs, en revenant en image sur les dérives dénoncées par Marc Roche dans son livre « La Banque. Comment Goldman Sachs domine le monde » (Albin Michel).Tous ceux qui ont vu aussi le film « Margin Call », ne seront pas dépaysés. Ce qui est décrit des mœurs de Wall Street au travers de ce reportage est un monde fait d\'arrogance et de cynisme, qui n\'a pas hésité à spéculer sur la faillite des ménages américains ou sur celle des Etats, comme la Grèce, dont Goldman Sachs a été le conseiller occulte et in fine assez immoral. Bien sûr, le film n\'échappe pas à un certain manichéisme. Goldman Sachs, présentée en Frankenstein des temps modernes, est la créature qui a échappé à ses créateurs : la « firme » de 30.000 personnes et qui pèse 700 milliards de dollars d\'actifs est jugée coupable d\'avoir transformé le monde en un vaste casino manipulé à son seul profit, quel qu\'en soit le prix.Des « moines banquiers »Tout y passe : l\'histoire d\'abord, de cette banque d\'investissement, qui n\'a « ni enseigne, ni agences, ni visages », devenu un véritable supermarché de la finance (voir ici la formidable infographie animée disponible sur le site d\'Arte). On apprend ainsi comment Goldman Sachs recrute ses « moines banquiers ». Une légende maison raconte que les nouveaux « associés » font l\'objet d\'un bizutage d\'entrée rituel : réunis dans une salle de réunion à la veille d\'un week-end férié, ils sont livrés à eux-mêmes pendant plusieurs heures. Les plus impatients, partis avant l\'arrivée tardive d\'un dirigeant qui fait signer une feuille de présence à ceux qui ont tenu stoïquement, seront licenciés le lundi matin...Cette réputation de dureté n\'a pas empêché Goldman Sachs, aujourd\'hui dirigée par un enfant de Brooklyn, Lloyd Blankfein, de toujours recruter les meilleurs, quel que soit leur milieu social d\'origine. Mais la banque « la plus puissante et la plus opaque » de Wall Street a, selon les auteurs du reportage, mal tourné à l\'orée des années 2000 : il y a eu une dérive avec la titrisation financière et l\'arrivée des génies des maths qui ont transformé le modèle d\'une banque d\'investissement à la papa vers la quintessence du casino financier. Nomi Prins, une ancienne salariée devenu écrivain, raconte qu\'elle a fini par partir, dégoûtée de voir son responsable demander à ses traders de continuer à spéculer sur le marché du pétrole le 11 septembre 2001 alors que le premier avion avait percuté le World Trade Center, parce qu\'il y avait « de l\'argent à se faire ». Et que dire de « Fab le Fabulous », alias Fabrice Tourré, le trader français impliqué dans le scandale Abacus, et que son employeur a lâché devant la commission d\'enquête du Sénat tout en ayant divulgué discrètement à la presse les mails privés qu\'il échangeait avec sa fiancée et où il laissait entendre qu\'il savait que la fin de la partie était proche, ce qui ne l\'empêchait pas de continuer à vendre ses produits financiers aux gogos. Un Fabrice Tourré réduit au silence, parce que ses avocats étaient payés par Goldman Sachs.Un réseau d\'influence tissé autour de Barack Obama, Mario Draghi...Marc Roche et Jérôme Fritel raconte aussi par le menu comment Goldman Sachs a su se tisser un réseau d\'influence dans la sphère politique, aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, au risque de flirter avec les conflits d\'intérêt. Hank Paulson, le secrétaire américain au Trésor, un ancien dirigeant de GS. Mario Draghi, aujourd\'hui président de la BCE, aussi. Même Barack Obama a été infiltré par la banque qui a réussi à reprendre la main et à passer entre les mailles du filet réglementaire qui aurait pu nuire à ses intérêts.Les comptes maquillés de la Grèce à l\'aide d\'une banquière, grecque, de Goldman Sachs sont un autre épisode fameux de l\'histoire récente. Là encore, rien d\'illégal, mais une conception toute particulière de la ligne jaune que l\'on peut ou pas franchir. Mais qui, in fine, est le plus coupable : le gouvernement grec, qui a cherché à tricher sans mesurer les conséquences à long terme de ses actes sur la confiance de ses créanciers...? Ou celui qui l\'a aidé à maquiller ses comptes en ayant recours aux astuces les plus secrètes de la sophistication financière ? Les auteurs n\'élude pas le débat sur Goldman Sachs, le coupable idéal, mais restent sur leur proie. Interrogé, dans son appartement parisien face aux jardins du Palais Royal, Jean-Claude Trichet ancien président de la BCE, met en garde contre la tentation de faire d\'un seul acteur un bouc-émissaire qui conduire à éluder la responsabilité de tout un système, mais il reconnaît que Goldman Sachs concentre désormais par son caractère exemplaire la colère de l\'opinion publique mondiale contre les banquiers. En revanche, interrogé sur le conflit d\'intérêt éventuel de son successeur à la BCE, Mario Draghi, il refuse catégoriquement de répondre et demande que la question ne figure pas dans le documentaire. Pas de chance, cette fois, le off est rompu...Goldman Sachs surnommerait ses clients les « bouffons »Alors, quel contrepouvoir face à une telle puissance ? Il y a bien eu la révolte de Greg Smith, un ancien salarié dont la tribune publiée par le New York Times, a fait le tour du monde. Selon Smith, Goldman Sachs aurait commencé à perdre son âme dés lors que la culture maison a cessé de placer en premier l\'intérêt de ces clients qui seraient appelés en interne les « bouffons ». Calomnie de la part d\'un salarié amer ? Ou bien véritable perversion d\'un acteur qui serait devenu le Darth Vador de la finance mondiale ? Mais si tel était le cas, ces dérives étant publiques, Goldman Sachs aurait dû voir fuir tous ses clients. Or, tel n\'est pas le cas. Au contraire, la banque n\'a jamais été aussi globale. C\'est finalement l\'ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, qui livre en fin de documentaire la clef du débat : selon lui, « nous n\'avons pas besoin de banques de cette taille », autrement dit il serait une œuvre de salubrité publique mondiale de lui faire rendre gorge en la démantelant. Mais qui aurait le pouvoir d\'abattre Goldman Sachs, sinon ses clients ? Les gouvernements, eux, ont renoncé (abdiqué ?). Et si, finalement, Goldman Sachs était un mal nécessaire au capitalisme, le prédateur absolu de notre écosystème, capable de survivre à toutes les crises. Sur cette résilience de Goldman Sachs, qui a déjà affronté maints procès du même type, Marc Roche et Jérôme Fritel se gardent bien de trancher.

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