Les baleines prolongent l'été au large du Saint-Laurent. L'o...
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Je l'ai cherchée longtemps, ma baleine bleue, interminable furet des mers, passée par ici, repassée par là, se laissant rêver, désirer, mériter, du bas Saint-Laurent à la Gaspésie, en passant par La Martre ou Gaspé. Avant de la voir apparaître au large du cap des Rosiers, entourée de baleines à bosse ou de rorquals communs. Mais plus elle joue à cache-cache, plus le Québec maritime révèle ses secrets. Ceux d'une terre léchée par un fleuve parfois placide, de temps à autre capricieux, mais néanmoins capable de se laisser aller aux tumultes de l'océan. Indomptable en somme. Comme ce territoire grand comme trente fois la Corse, hier habité par les Indiens Micmacs, aujourd'hui veillé par 400.000 âmes d'une gentillesse sans égal. Une rive longue de 3.000 km, piquée de phares. Une succession de baies, dont certaines sont reconnues comme les plus belles du monde. Le terrain de jeu idéal des phoques ou des fous de Bassan. Des aventuriers et des enfants.Tout ce petit monde n'aime rien tant que de se retrouver au parc national du Bic, à quelques encablures de l'aéroport Mont-Joli. Au programme, randonnées pédestres, vélo de montagne, observation d'une faune où se croisent oiseaux des mers et des forêts dans une enivrante cacophonie, tandis que des phoques gris profitent de la marée basse pour prendre le soleil. De baleines, par contre, il n'y en a point. Alors autant tenter sa chance vers l'est, du côté des jardins du Métis, à quelques kilomètres de là. Le lieu servait jadis de camp de pêche au saumon à l'aristocratie anglo-saxonne du Québec. Avant d'être transformé en un jardin botanique dont les couleurs des pavots orange ou bleus, des gentianes, des azalées, des rosiers rouges, ou des érables du Japon s'offrent au regard telle une palette de peintre pointilliste. D'ici aussi, on guette les baleines. Mais notre mammifère marin semble bouder le jardin du Métis. Et nous pousse à reprendre le chemin de l'est. Une route côtière bordée de phares.Du haut du phareCes sentinelles du Saint-Laurent n'en finissent plus de guider les marins. Au siècle dernier, tous les phares ont été automatisés. Sauf un. Celui de La Martre, construit en 1876 aux couleurs du Canada. Yves l'a sauvé de la démolition il y a quelques années. Barbe de capitaine, bedaine qui va avec, notre homme n'a jamais cessé de veiller sur son phare depuis. Jusqu'à consacrer un musée à l'objet de sa passion. Son meilleur ennemi?? Le curé voisin qu'il nargue du haut de l'édifice en lui assurant être plus près de Dieu. « L'église sauve des âmes, le phare sauve des vies », tient-il à préciser. Il continue de scruter le Saint-Laurent jusqu'à ce que le ciel se confonde avec le fleuve, créant ainsi cette illusion d'optique qui élève les bateaux au-dessus des eaux pour les transformer en vaisseaux fantômes caracolant dans les airs.Des baleines?? Yves avoue en voir de moins en moins. Il aperçoit bien quelques bélugas, des rorquals et des dauphins, salue les phoques et nous conseille d'aller vers Gaspé dont on fête le 475e anniversaire de la prise de possession de cette terre par les Français.Aller au bout du monde, c'est finalement là qu'Yves nous a envoyé puisque Gaspé veut dire « bout de terre » en micmac. Le mythique sentier international des Appalaches, né en Floride, vient s'échouer ici. On prend le large, pour aller encore plus loin. Et c'est là. Là où il n'y a plus rien, qu'elle choisit d'apparaître, ma baleine bleue aux 33 mètres de long. Un souffle tout d'abord, qui éclabousse l'horizon. Et puis un deuxième. S'ensuivent cinq de plus, comme autant de fontaines à eaux offertes aux soiffards de l'océan. Elle respire, de plus en plus près, s'étire, sort la tête. Un ?il guette tandis que ses babines gigantesques filtrent le krill qu'elle a ramassé au passage. Elle replonge, agitant la queue dans un « au revoir » qui n'a rien d'un adieu. Chacun de ses mouvements, d'une grâce à vous arracher des larmes, prend un temps infini du fait de ses cent tonnes.Au fond, c'est peut-être ça, la leçon à retenir de cette rencontre improbable au milieu des eaux. De ce séjour inoubliable au c?ur des forêts de pins et de sapins dont les branches enlacent celles des érables et de bouleaux qui s'embrasent à l'automne. Ici, on a pris le temps de découvrir ces merveilles. De caler son pouls sur celui de la nature. De vivre, tout simplement.Yasmine Youssi Une terre léchée par un fleuve parfois placide, de temps à autre capricieux.Ma baleine, au Canad
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