Comment la France tente de résister aux OGM européens

OGM ! Le sigle a rejoint la liste des expressions qu'il convient de manier avec précaution tant il éveille les passions. C'est ce qu'a fait dernièrement la Commission européenne en autorisant la commercialisation et la culture d'Amflora, une pomme de terre transgénique mise au point par le groupe industriel allemand BASF. Immédiatement, tel un volcan en sommeil, ce fut l'éruption.Les anti-OGM sont montés au créneau. Les écologistes du Parlement européen se sont dits « choqués » par le feu vert de la Commission européenne. Anti-OGM et faucheur notoire, José Bové a demandé aux autorités bruxelloises « de revenir sur leur décision ». Le PS, les Verts, le Modem ont vivement réagi, y voyant implicitement l'opportunité de faire monter dans la campagne électorale un sujet embarrassant pour le gouvernement.Voix discordanteRare voix discordante dans ce concert de critiques, celle de Dominique de Villepin, qui, lors de son passage au Salon de l'agriculture, à Paris, s'est prudemment déclaré « favorable aux essais de culture ». Ce qui engage à rien, puisque c'est déjà le cas selon la loi sur les OGM votée en 2008. Pragmatique, l'ONG écologiste Greenpeace a demandé au gouvernement de déclencher la fameuse « clause de sauvegarde », une disposition européenne permettant à chaque État d'interdire la culture des OGM à condition toutefois de justifier sa décision.Rebattage des cartesC'est précisemment ce que s'apprête à faire le gouvernement français. Chantal Jouanno, la secrétaire d'État à l'Écologie, qui n'a jamais caché son manque d'appétence aux OGM, et le ministre du Développement durable, Jean-Louis Borloo, ont plusieurs armes à leur disposition afin de contrer ce qui s'apparente à une nouvelle offensive de Bruxelles en faveur des OGM. Une attaque rendue possible grace au rebattage des cartes politiques intervenu au sein du nouvel executif européen. Reconduit dans ses fonctions de président de la Commission, José Manuel Barroso, pro-OGM notoire, ne rencontre plus la résistance que lui opposait farouchement son ancien commissaire à l'Environnement, le Grec Stavros Dimas.Le principe de précaution est roiLa première arme dont dispose le gouvernement français est le Haut Conseil des biotechnologies (HCB). Pour moitié composé d'experts scientifiques, le HCB, créé par la récente loi sur les OGM, a été saisi pour avis par le gouvernement dès l'annonce de la Commission sur Amflora. Il va se pencher sur la patate chaude de BASF et s'il ressort de ses investigations le moindre soupçon de dangerosité pour la santé publique humaine ou animale, le tour sera joué ! Car face à des avis scientifiques divergents, c'est le principe de précaution qui est roi.Affaiblir l'EFSAPar ailleurs, Chantal Jouanno a lancé la contre-offensive, avec pour objectif d'affaiblir l'EFSA (European Food Safety Authority), ce collège de scientifiques chargés de conseiller la Commission européenne, notamment sur les OGM, en mettant en cause la validité de ses procédures d'expertise. L'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage est venue lui donner un coup de pouce en dénonçant « des conflits d'intérêts » qui existeraient entre les membre de l'agence et des fabricants d'OGM.Le second argument qu'invoquera la France afin d'appliquer la clause de sauvegarde à Amflora est moins politique et beaucoup plus objectif. Exactement comme il l'a fait pour le maïs MON 810, de la société Monsanto, le ministère de l'Écologie expliquera vouloir prémunir les cultures non génétiquement modifiées des risques de contamination par celles qui le sont. Un danger avéré que personne ne conteste.

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