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L'OMC a-t-elle encore un avenir ?

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Publié le 09 mai 2013 à 21:04 - Mis à jour le 09 mai 2013 à 21:04

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A quoi sert l\'OMC ? La question paraît de circonstance au moment où Roberto Azedevo vient d\'être choisi pour succéder à Pascal Lamy à la tête de l\'organisation à compter du 1er septembre prochain. Mais ce, alors que l\'Union européenne envisage un partenariat avec les Etats-Unis, mais aussi avec le Japon ou encore le Maroc, pour n\'en citer que quelques-uns. Le bilatéral semble donc indéniablement prendre le pas sur le multilatéral.Une multitude d\'accords bilatéraux\"L\'OMC se trouve affaiblie\", reconnaît d\'emblée Guillaume Klossa, fondateur du think tank européen et transpartisan EuropaNova. Preuve en est le fait que l\'organisation internationale ne parvienne pas à endiguer la multiplication des accords de libre-échange, contradictoires avec son principe même. En effet, \"l\'OMC a été créée pour baisser le nombre des accords bilatéraux de ce type\", rappelle l\'expert. En effet, selon la \"clause de la nation la plus favorisée\", tous les pays membres doivent se voir offrir les mêmes conditions commerciales, sauf exceptions qui doivent être justifiées mais aussi limitées. Prônant en principe la libéralisation des échanges, l\'organisation appréhende les exportations comme moteur de croissance et de plein emploi.Or il se crée en moyenne deux accords bilatéraux d\'investissement chaque semaine selon un rapport publié en 2006, qui précise que 30 % du commerce mondial sont régis par quelque 250 accords bilatéraux et régionaux de commerce.Un accord transatlantique, symbole de l\'enterrement de l\'OMCA titre d\'exemple, si les Etats-Unis et l\'Union européenne parviennent à un accord transatlantique, ils régiront à eux seuls les règles du commerce mondial, comme l\'a encore récemment rappelé Nicole Bricq, la ministre française du Commerce extérieur. Et pour cause, les deux économies pèsent, à elles seules, 50% de la richesse mondiale et près d\'un tiers du commerce mondial.Pour Michel Rainelli, professeur d\'économie à l\'université de Nice-Sofia-Antipolis, \"symboliquement, deux grands blocs qui se lancent dans cet accord traduit l\'enterrement de l\'OMC\". \"En dépit des efforts de Pascal Lamy, les contradictions sont trop fortes\", explique-t-il.Or cette préférence pour les relations bilatérales au détriment du multilatéralisme serait d\'ailleurs loin de s\'essouffler à en croire Jean-Marc Siroën, professeur d\'économie à l\'Université Paris-Dauphine. Ce dernier pense ainsi que \"la recherche de solutions alternatives va même s\'accélérer\". Et plus qu\'un moyen, le libre-échange semble désormais être devenu une fin en soi.L\'échec du cycle de DohaL\'origine de cette prolifération d\'accords bilatéraux serait à chercher du côté de l\'échec du \"round de Doha\" pour le développement. \"L\'aboutissement du cycle était prévu pour 2005. Or, en 2013, rien n\'est fait\", constate Guillaume Klossa. \"Les pays en tirent les conséquences\", ajoute-t-il. Selon lui, la confiance à l\'égard de l\'OMC est de fait devenue très limitée. \"L\'organisation n\'est pas crédible aujourd\'hui. Le Gatt (l\'ancêtre de l\'OMC. ndlr) n\'a rien résolu et ne constitue qu\'un empilement d\'accords\", déplore l\'expert.De son côté, l\'économiste et professeur à l\'Université Paris-Dauphine Philippe Chalmin va plus loin. Selon lui, le problème vient du fait qu\'il n\'y ait \"pas de gouvernance mondiale aujourd\'hui\". Pour l\'économiste, le rôle de l\'organisation mondiale du commerce au quotidien est essentiellement centré sur la gestion des règlements des différends. Face à la crise économique mondiale, le reste est, semble-t-il, quelque peu passé au second plan. Mais \"c\'est plus la gouvernance que le principe même de l\'OMC qui est remis en cause\", nuance l\'économiste, faisant notamment allusion au problème de la répartition des pouvoirs au sein de l\'OMC.L\'OMC séduit tout-de-mêmeCar, malgré tout, les grandes puissances cherchent encore à rejoindre l\'OMC. La Russie -devenue son 156e membre en août 2012- en est un exemple. L\'organisation ne semble donc pas (encore) vouée à disparaître. Mais on peut cependant dénombrer quelques dysfonctionnements. Certains \"passagers clandestins\" -comme les nomme la théorie économique - à l\'instar de la Chine et la Russie cherchent ainsi à profiter des avantages sans en avoir les contraintes. \"C\'est le problème des cartels, qui a toujours existé. Il y a toujours des déviants. Ils continuent à le faire tant qu\'il n\'y a pas de sanction\", analyse l\'économiste Bruno Jérôme.Plus optimiste, l\'économiste Dan Ikenson, du think tank américain Cato Institute, pense que la dernière heure de l\'OMC n\'a pas encore sonné. Alors que l\'accord transatlantique peut être perçu comme une menace pour l\'organisation de Genève, lui pense au contraire qu\'il pourrait constituer l\'étincelle nécessaire à ranimer certaines parties du cycle de Doha et - pourquoi pas? - permettre de réussir un nouveau succès multilatéral. Quoi qu\'il en soit, tel sera le défi de Roberto Azedevo qui aura comme première échéance, le sommet de Bali du 3 au 6 décembre prochains.

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