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Stop au « China bashing » !

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Publié le 09 novembre 2010 à 22:23 - Mis à jour le 09 novembre 2010 à 22:23

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En temps de crise, la recherche de boucs émissaires va toujours bon train. Lors de la crise du subprime, ce furent les banques et les traders qui furent pointés du doigt, sans que la politique initiée par l'administration américaine pour faciliter l'accès au crédit soit discutée. Dans la crise de la zone euro, ce furent les prêteurs privés du marché de la dette, les « spéculateurs », qui ont été vilipendés, tandis que les responsables grecs qui ont sciemment menti sur les statistiques n'ont pas été inquiétés, ni la gestion des finances publiques dans la zone euro mise en question. Dernièrement, les dirigeants des pays développés, qui peinent à sortir de la crise et d'un chômage de masse, s'en sont pris à la Chine. Elle est accusée de « manipuler » sa monnaie par les États-Unis et l'Union européenne.La querelle sur le yuan n'est pas nouvelle. Pourtant, dans les mois qui ont suivi l'éclatement de la crise du subprime, c'était le dollar qui concentrait les critiques, coupable d'avoir failli dans son statut de monnaie internationale. Certes, à peine nommé, Timothy Geithner, secrétaire au Trésor des États-Unis, avait dénoncé la sous-évaluation du yuan mais le thème a retrouvé une singulière vigueur lors des élections de mi-mandat aux États-Unis. Le « China bashing » a alimenté la campagne d'une grande majorité des candidats, démocrates et républicains confondus. L'administration américaine, elle aussi, ne s'est pas privée de marteler qu'un yuan faible menaçait de creuser le déficit et de détruire des emplois locaux en raison de la délocalisation industrielle.Pourtant, la faiblesse de la devise chinoise a bien des avantages. Pour les importateurs américains et européens tout d'abord, puisque les consommateurs de ces pays peuvent bénéficier de produits bon marché ; pour les contribuables américains ensuite, qui n'ont pas à payer un prix élevé pour le service de leur dette publique achetée pour une large part par la Chine. De plus, la corrélation entre une forte appréciation du yuan et une baisse du déficit commercial américain est loin d'être évidente. Ainsi, l'économiste Dan Ikenson, du Cato Institute, souligne que, lorsque le yuan s'est valorisé de 20 % face au dollar entre 2005 et 2008, le déficit commercial américain s'est aggravé de quelque 66 milliards de dollars sur la période. Si un yuan plus élevé accroît la valeur en dollars des produits chinois, il réduit dans le même temps le prix des matières premières libellé en dollars pour les industriels chinois qui peuvent ainsi contenir la hausse des prix de leurs produits manufacturés et conserver leur compétitivité.Quant aux emplois, les tenants du « China bashing » oublient la mondialisation. En effet, comme le rappelait le mois dernier Pascal Lamy, le directeur exécutif de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), lors d'un colloque sur les statistiques et le commerce international organisé par le Sénat à Paris, « de plus en plus de produits sont ?made in World? et non plus ?made in France? ou ?made in China? ». Les produits aussi emblématiques que l'iPod ou l'iPhone d'Apple, assemblés en bout de chaîne en Chine, sont comptabilisés en importations par les États-Unis, ce qui concourt au creusement du déficit commercial américain. Mais, dans le détail, les 451 éléments d'un iPod sont produits dans douze pays et sur 150 dollars du prix final de l'appareil, seulement 4 dollars sont véritablement « made in China ». Taxer de telles importations, comme l'exige un texte voté par la Chambre des représentants aux États-Unis, n'aurait pas seulement un effet négatif sur l'emploi chinois mais aussi sur l'emploi dans douze pays, et notamment pour les laboratoires de la Silicon Valley ! Mieux, selon une étude d'un économiste de Chicago, Christian Broda, les inégalités de revenus aux États-Unis ont diminué entre 1994 et 2005 grâce au commerce avec la Chine. Toute hausse des inégalités salariales a en effet été compensée par la baisse des prix des produits « made in China » consommés par les ménages américains les plus pauvres. Ainsi, l'inflation pour les 10 % des ménages les plus riches aux États-Unis, qui tendent à dépenser davantage en services, était supérieure de 6 % à celle des 10 % des ménages les plus pauvres, qui consacrent une part plus importante de leur budget en biens de consommation, produits en Chine. Et au final, les importations américaines de produits chinois auront davantage contribué à maintenir le pouvoir d'achat des ménages américains que bien d'autres mesures de politique économique ou monétaire.parRobert Julesjournaliste à « La Tribune »

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