« La Chine est le premier marché du monde »

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Quels ont été les premiers pas de Sagem en Chine??En 1998, nous cherchions un partenaire pour fabriquer nos téléphones mobiles et accéder à des composants nouveaux. Nous avons rencontré dans un salon la société Bird qui était le numéro un chinois des « pagers », les messagers de poche, et voulait entrer dans le mobile. À l'époque, quelques usines chinoises commençaient à fabriquer pour des grands comme Motorola. Après quatre ans de partenariat commercial, nous avons monté avec Bird une coentreprise de fabrication puis une seconde de R&D. Deux ans plus tard, en 2004, Sagem était numéro un du mobile en France et Bird le premier constructeur chinois de mobiles sur son marché. Mais nos marques n'étaient pas assez fortes. Bird a préféré aller se battre sur le marché gris et n'avait plus les mêmes exigences de qualité que nous. Sagem a alors repris le contrôle du joint-venture en 2007, gardé la R&D puis revendu en 2009 le centre de fabrication à un actionnaire de Bird qui continue à fabriquer certains de nos mobiles.Que vous a apporté ce partenariat??Il nous a appris la culture chinoise. Bird nous a apporté ses relations. Le réseau est fondamental en Chine, nous n'aurions jamais pu trouver seuls des fournisseurs au bon prix et d'une qualité satisfaisante. Bird nous a ouvert l'accès au gouvernement local qui a été d'un grand soutien. Car avant l'arrivée de Sagem, la région de Ningbo, à 300 km au sud de Shanghai, n'était pas du tout dans la téléphonie mobile. En retour, le gouvernement local nous a financé le déménagement de nos installations dans un nouveau parc R&D alors que Sagem avait peu d'argent à la sortie du giron du groupe Safran. Et, récemment, il nous a aidés à obtenir un rendez-vous avec le patron de China Mobile, le premier opérateur mobile au monde.La Chine est-elle devenue incontournable pour le secteur de la téléphonie??Aujourd'hui, à part un coréen et les marques de luxe comme Vertu, tous les grands de la téléphonie mobile fabriquent la majorité de leurs produits en Chine. Je parle des composants électroniques et mécaniques, y compris les écrans, qui venaient du Japon il y a quelques années. Le différentiel de coût de fabrication entre l'Europe et la Chine est de 40 % à 50 %. Mais entre les variations du dollar, la hausse des coûts de logistique et des salaires, comme on l'a vu récemment chez Foxconn, il faut voir si la Chine reste compétitive par rapport au Maghreb ou à l'Europe de l'Est. Et il ne faudrait pas que l'Europe perde son savoir-faire et devienne complètement dépendante de la Chine. Ainsi, nous venons de rouvrir, le 1er juillet, grâce au crédit d'impôt recherche, un laboratoire de R&D à Cergy, qui emploie 30 personnes et travaille sur de nouvelles technologies dont le LTE, la 4e génération. Si on ne fait plus de recherche par soi-même, c'est fini?!Le marché chinois constitue-t-il une opportunité commerciale??Les portes sont ouvertes. Il faut être implanté, avoir un réseau, être soutenu par les autorités locales. Nous sommes petits mais nous discutons avec China Mobile, China Unicom et avec le gouvernement chinois sur des projets dans l'e-santé et sur le cartable électronique. C'est le premier marché du monde, il y a de la place. Même Apple, le dernier à ne pas y être, vient de le faire. Mais il subsiste des craintes sur la propriété intellectuelle, car les règles ne sont pas encore au même niveau. Ceci dit, on ne peut plus dire que tous les fleurons de la technologie sont aux États-Unis et en Europe, qui avaient le leadership des brevets dans le GSM et la 3G. Sur la 4G, pour la première fois, nous voyons des Chinois déposer des brevets.Le Nokia de 2015 pourrait-il être chinois??C'est possible, c'est une industrie où les positions changent très vite. Je dirais plutôt que le numéro un mondial des terminaux mobiles pourrait être chinois dans cinq ans. Car dans le même temps, les grands du mobile comme Nokia avec Ovi se lancent dans les services. Le marché chinois est tellement grand qu'un acteur local pourrait devenir leader sans être présent dans d'autres pays.Propos recueillis par Delphine Cuny

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