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« Théo » l'artisan de la Bourse mondiale

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Publié le 11 janvier 2010 à 22:47 - Mis à jour le 11 janvier 2010 à 22:47

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« Que de petits matins glauques passés dans les salles d'aéroport. » À entendre certains de ses collaborateurs, accompagner Jean-François Théodore durant ces vingt dernières années à la tête de la Bourse de Paris n'a pas été de tout repos. Au fil du temps, cet amateur d'Asie du Sud-Est, d'opéra et de bon whisky a réussi à imprimer à la Bourse de Paris un « tempo vivace » sans précédent. Société des Bourses Françaises (SBF) à son arrivée, celle-ci deviendra ParisBourse, Euronext puis Nyse-Euronext. De l'aveu même de l'intéressé, qui vient de quitter la direction générale adjointe du groupe, « les premières années auront peut-être été les plus dures ». « Nous venions de découvrir en 1988 le désastre de la chambre syndicale des agents de change, engagée dans des pertes colossales après avoir spéculé sur le Matif, le marché à terme parisien. Nous, autorité boursière, étions mis en cause », se souvient Bernard Mirat, alors directeur général adjoint de la SBF. La faillite de la société de Bourse Tuffier, Ravier, Py, à l'été 1990, n'a rien arrangé. « Paris n'avait pas de chambre de compensation. La mise en cause d'un intervenant pouvait mettre en danger les autres », enchérit Dominique Leblanc, directeur général délégué de ParisBourse SA. « Durant trois mois, il a fallu trouver qui allait payer pour éviter que la réputation de la place ne soit écornée. La SBF s'en est chargée », se souvient Pascal Samaran, autre coéquipier de l'époque. Soucieux de régler les problèmes un à un, Jean-François Théodore, énarque venu du Trésor, restera comme le « rénovateur » pour Bernard Mirat.Remise, la SBF passe à la vitesse supérieure : la constitution d'une véritable entreprise de marché, avec le rachat du Matif, et en toile de fond les premières tentatives de rapprochement avec l'Allemagne. « Avec l'apparition de l'euro, il est apparu que la concurrence allait être féroce entre les marchés à terme, en particulier sur les produits de taux. Nous avons tenté de collaborer », explique Gérard Pfauwadel, ex-président du Matif. Un premier accord, signé au milieu des années 1990, ne verra jamais le jour. Pas plus que le second, trouvé début 1998. Celui-ci sera balayé par l'accord surprise entre le London Stock Exchange (LSE) et Deutsche Börse, alors dirigé par Werner Seifert. Pour Pascal Samaran, deux logiques s'opposaient alors : l'approche diplomatique, celle de la construction européenne voulue par la place de Paris, et l'approche business des Allemands. À Paris, qui n'avait peut-être pas totalement joué le jeu, l'annonce fait l'effet d'une quasi-trahison. Jean-François Théodore préfère parler de « mauvaise surprise ». Mais celle-ci figure parmi ses plus mauvais souvenirs.Qu'importe. Le dirigeant ne reste pas longtemps à terre. La riposte viendra quelques semaines plus tard sous la forme d'« un réseau multipolaire et fédérateur ». Ce sera l'alliance des huit Bourses européennes. « Celle-ci sera un très beau coup face à la tentative de rapprochement Londres-Francfort. Surtout, elle sera le creuset où va naître Euronext, fusion des Bourses de Paris, Bruxelles et Amsterdam en septembre 2000 », souligne Bruno Rossignol, en charge de la communication à l'époque.« La première réunion de l'alliance avait été organisée à Paris par Jean-François », se souvient Massimo Capuano, le patron de Borsa Italiana (LSE Group aujourd'hui). « Nous n'avions aucune idée de ce que nous pouvions réaliser de manière plus intégrée. Mais notre volonté était forte : avec l'arrivée de l'euro, nous voulions offrir davantage de services à des coûts moindres. Pourquoi ne pas partager des infrastructures ou une technologie commune sans qu'aucun d'entre nous n'ait à abandonner son indépendance ? » L'accord des huit ne sera pas concrétisé. « Trois grandes Bourses avaient de forts intérêts sur leur technologie propriétaire, personne n'a voulu céder », explique Massimo Capuano. Pour Antonio Zoido, président de Bolsas y Mercados Espanoles, « il n'y a pas de coupable. La Bourse unique n'était pas la priorit頻. Mais au bout de vingt ans d'amitié, de discussions sur les opportunités d'alliances, le dirigeant espagnol reconnaît une qualité à son homologue : « Avant même que le mot globalisation ne soit dans toutes les bouches, Jean-François avait déjà envisagé que les marchés de valeurs soient une entreprise à l'échelle mondiale. »« Théo », comme le surnomment certains, réussit à former Euronext, puis à rallier Lisbonne en février 2002. Mais c'est le rachat du Liffe (le marché à terme londonien), au début de la même année, qui propulse la nouvelle Bourse paneuropéenne sur la scène internationale. En revanche, l'opiniâtreté du dirigeant n'a pas eu raison des réticences de la direction générale du London Stock Exchange. « Clara Furse affichait une farouche volonté d'indépendance », se souvient un équipier. « Théodore a bien cru emporter la mise en 2005. » C'était sans compter sur les autorités de la concurrence britanniques, qui ont fait traîner le dossier. Ni sur certains fonds actionnaires, décidés à soutenir une autre fusion : celle d'Euronext et de Deutsche Börse. Werner Seifert acculé à la démission en mai 2005 par ces mêmes fonds, c'est Reto Francioni qui part à l'assaut d'Euronext en 2006. Rien à faire, Paris et Francfort ne trouvent pas de terrain d'entente. « Question de personnes et de tempérament », soupçonne Dominique Leblanc. Mais pas seulement. « Le n?ud du problème, c'est la surface financière supérieure de Deutsche Börse, conséquence d'une stratégie en silo [englobant compensation et règlement livraison]. Les Allemands revendiquaient un leadership marqué qui n'était pas justifié par leur marché d'actions. »En mai 2006, l'opérateur du New York Stock Exchange, Nyse Group, sera le chevalier blanc. Avec le soutien d'une bonne part de la place de Paris, le mariage est célébré à Wall Street début avril 2007. Certains sont plus critiques aujourd'hui. L'annonce du transfert dans la périphérie de Londres des serveurs informatiques d'Euronext a suscité l'émoi.Quoi qu'il en soit, celui que l'on surnommait « gros matou » au Trésor est loin d'avoir ronronné durant ces années. « Euronext Paris est devenu le fleuron du premier groupe boursier mondial », estime l'intéressé. Les anciens mesurent le chemin parcouru. Avec un regret, pour certains : « Lorsque Nyse Group s'est présenté, il aurait fallu tenter une dernière chance auprès des Allemands. Mais la logique financière, conséquence de la cotation des entreprises de marché, avait déjà supplanté la logique de place. Aujourd'hui, Nyse Group a pris le pouvoir », déplore Gérard Pfauwadel. Jean-François Théodore a bien tenté d'élargir le périmètre européen de Nyse-Euronext. Vers Milan notamment. « Pour moi, la première étape devait être la création d'une Bourse paneuropéenne plus large, puis, dans un second temps, allier les Américains », rappelle Massimo Capuano. « À cette époque, j'ai tenté de convaincre Deutsche Börse et Euronext de s'entendre. Mais il y avait trop d'incompatibilité. »L'histoire ne s'achève pas avec le départ de Jean-François Théodore. Mais d'autres l'écriront. C'est Dominique Cerutti, l'ancien patron d'IBM pour l'Europe de l'Ouest et du Sud, qui épaulera désormais Duncan Niederauer à la tête de la Bourse devenue transatlantique. nAux commandes depuis janvier 1990 d'une Bourse de Paris révolutionnée au fil des années, devenue européenne puis transatlantique, Jean-François Théodore passe le flambeau.Juin 1999 : naissance de ParisBourse SA.Septembre 2000 : création d'Euronext.Juillet 2001 : introduction en Bourse d'Euronext.Janvier 2002 : Euronext acquiert le Liffe.Juin 2006 : Euronext NV et le Nyse signent un accord en vue d'une fusion.Mars 2007 : succès de l'offre déposée par Nyse-Euronext sur Euronext.

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