Chronique de la City : le délit d'initié a le vent en poupe

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Tout tient en un chiffre: près d'une OPA sur trois en Grande-Bretagne est précédée de mouvements « suspects » sur le cours de l'action concernée. Pour être précis les suspicions du régulateur britannique, la FSA, ont concerné 44 des 144 opérations réalisés sur le marché britannique en 2009. Ce niveau est le deuxième plus élevé depuis une décennie, indiquant que le délit d'initié demeure très courant sur la place de Londres.Ce chiffre explosif, livré jeudi dans le rapport annuel de la FSA est bien entendu à prendre avec des pincettes. La FSA elle-même souligne qu'il est très difficile de savoir exactement ce qui se cache derrière une variation suspecte (définition : un mouvement de plus ou moins 5% du cours), et qu'une partie peut être parfaitement légitime. Effort de transparenceIl faut aussi tirer son chapeau à la FSA pour accepter de publier ces chiffres, seul régulateur à tenter une vraie transparence sur le sujet.Il n'en reste pas moins que ce niveau est préoccupant. Même en admettant, comme la FSA l'affirme, qu'un minimum de 10% de mouvements suspects est techniquement inévitable, cela laisse une OPA sur cinq touchée par cette maladie qu'est le délit d'initié, qui diminue l'efficacité et la transparence des marchés. Preuve, s'il en fallait, que tous les hommes ne sont pas libres et égaux face aux opérations boursières. Ce chiffre tend aussi à montrer que la FSA a beau montrer des dents depuis deux ans, cela ne change pas grand-chose aux pratiques de la place londonienne.Descente de policeLe régulateur a lancé depuis deux ans d'importants coups de filet contre le délit d'initié. Il y a un an, il a obtenu pour la première fois des peines de prison sur ce sujet. Quatre personnes croupissent actuellement derrière les barreaux et une cinquième condamnation est attendue d'ici la fin du mois. Onze autres poursuites en justice sont en cours. Voilà deux mois, la FSA a même mené une impressionnante descente de police quand elle a arrêté sept figures proéminentes de la City, y compris Clive Roberts, la star d'Exane (une filiale de BNP Paribas).Politique de dissuasionRien de tout cela n'a visiblement fonctionné. La FSA se défend, estimant que cela prend du temps de changer les pratiques. « Notre politique de dissuasion est devenue de plus en plus visible depuis douze mois et nous nous attendons à voir de nouveaux progrès dans ce domaine », souligne son rapport annuel.Peut-être. Mais il n'est pas certain que le nouveau gouvernement britannique n'en laisse la possibilité à la FSA. Les conservateurs avaient promis de transférer les pouvoirs de la FSA à la banque d'Angleterre. Forcés de constituer une coalition avec les libéraux-démocrates, ils n'iront sans doute pas aussi loin. Ils pourraient cependant réduire la puissance du régulateur. Mercredi soir, George Osborne, le nouveau chancelier de l'Echiquier, doit préciser ses plans dans son premier discours annuel à Mansion House (la résidence du « Lord Mayor » de la City).Dans tous les cas, qu'il choisisse de confirmer la FSA dans ses fonctions actuelles ou pas, il est improbable que cela ne fasse trembler grand monde à la City.

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