L'analyse d'Erik Izraelewicz : Les Etats moutonniers, comme les marchés !

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Moutonniers, excessifs, volatils, voire irrationnels : c'est ainsi que les Etats, surfant sur le sentiment largement partagé dans l'opinion publique, décrivent, volontiers, les marchés. On connaît la rengaine : les spéculateurs, acteurs centraux des marchés, auraient en permanence des réactions peu originales. Il suffirait que l'un d'entre eux prenne une position pour que tous, tel Panurge, ils s'alignent. Ils changeraient d'ailleurs d'avis comme de chemise, n'hésitant pas à balancer d'un extrême à l'autre ? d'où les yoyos souvent inexplicables de la Bourse. Ils auraient, en définitive, des comportements sans queue ni tête, sans rationalité, ni sur le court, ni sur le long terme.La manière dont l'ensemble des Etats européens se sont engagés, depuis quelques semaines, dans des politiques de rigueur, conduit aujourd'hui à se demander si les Etats ne sont pas en définitive plus moutonniers, plus volatils, plus excessifs, voire plus irrationnels que les marchés ! Le saut unanime de la relance à la rigueur !Rappelez-vous. C'était il y a à peine un an. Partout, il n'était question que de... relance. Tous les Etats, les Etats européens en particulier, étaient à la manoeuvre, sur le même schéma. Partout, face à la menace d'effondrement des banques et de l'automobile, les dirigeants politiques expliquaient qu'il fallait injecter massivement des fonds publics dans l'économie pour soutenir une activité défaillante. 10, 20, 200 ou 700 milliards d'euros : c'était à qui présenterait le plus gros plan ! Un an après, quel revirement. De la relance à la rigueur : tout le monde a basculé, d'un même mouvement, sans état d'âme. On a d'ailleurs déjà oublié la relance. Il y a pourtant, encore, en France, un ministère qui lui est consacrée. Les mêmes dirigeants sont engagés, en Europe notamment, dans une surenchère mais cette fois-ci une surenchère dans la rigueur. C'est, sur le vieux continent, la compétition pour savoir qui supprimera le plus de fonctionnaires, qui réduira le plus fortement leurs salaires, qui s'attaquera le plus violemment aux aides sociales. Exemple flagrant : entre Paris et Berlin, la compétition bat son plein, on l'a vu tout au long de la semaine écoulée. Angela Merkel essaie, sur ce front, de frapper toujours plus fort. Elle ne cachait pas, la semaine dernière, sa fierté en affichant le plan d'austérité le plus important jamais adopté en Allemagne (plus de 80 milliards d'euros d'économies sur quatre ans), un plan bien plus drastique que celui de la France. Inutile d'insister longtemps pour constater ce caractère moutonnier et volatil des Etats. Trop en Allemagne, pas assez en France Qu'il y ait de l'excès, nul ne peut le contester. Les Etats européens doivent réduire leur déficit et leur dette ? tout le monde en convient, du FMI à l'eurogroupe, en passant pas l'Ocde et... les marchés. Mais les Etats européens sont, chacun, dans des situations très différentes en la matière. Leurs économies réagissent ensuite de manière différenciée aux signaux que les Etats peuvent leur envoyer. Organiser une lutte contre les déficits et pour la résorption de la dette en Europe ne doit pas nécessairement passer par un jeu de surenchère mais bien davantage par une coordination des stratégies économiques nationales. Aujourd'hui, en clair, ce jeu débilitant de surenchère à l'austérité conduit l'Allemagne à adopter une politique sans doute trop rigoureuse pour son économie alors que la France conserve une politique insuffisamment rigoureuse dans ce domaine. Une rigueur excessive en Allemagne, une rigueur insuffisante en France : c'est là un jeu à somme nulle, voire négative, les deux économies en souffriront ? comme celle de l'ensemble du continent. Le risque de la déflationFaute de concertation réelle entre les différents pays de l'Union et faute d'une prise en compte sérieuse de l'intérêt de l'ensemble de la communauté, c'est finalement une politique économique irrationnelle qui est engagée en Europe depuis quelques mois. Elle risque de faire avorter la reprise qui s'amorçait, voire de plonger le vieux continent dans des formes nouvelles de déflation. Le débat commence à monter ? les américains ne sont pas les moins inquiets. Il faut finalement espérer que les marchés seront là pour rappeler à l'ordre... les Etats !

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