La malédiction de Cancun

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Mauvaise augure pour la conférence sur le climat qui se tiendra à Cancun (Mexique) à la fin de l'année. L'ancien maire de la ville, Gregorio Sanchez, candidat au porte de gouverneur de l'Etat de Quintana Roo vient d'être arrêté pour trafic de drogue et blanchiment d'argent. L'intéressé a aussitôt dénoncé une «manoeuvre politique alors qu'approchent les élections, le 4 juillet. Mais le poids des suspicions n'a cessé de s'alourdir. L'an passé, alors que Sanchez était encore maire, un haut dignitaire de l'armée, le général Mauro Enrique Tello Quinones, qui s'apprêtait à prendre le poste de conseiller municipal de la sécurité à la municipalité, a été torturé à Cancun et retrouvé mort. Pour l'heure aucun un lien n'a pu être mis en évidence entre ce meurtre et Gregorio Sanchez. Mais plusieurs membres de l'entourage de l'ancien maire ont été arrêtés pour leurs relations avec des organisations criminelles. 45000 participantsOù en sera cet imbroglio judiciaire dans cinq mois, lorsque débutera la conférence sur le climat de l'ONU le 29 novembre prochain ? Les autorités d'une ville qui accueille une conférence sur le climat sont un élément clé de son bon déroulement. L'an passé, le nombre de participants à la conférence de Copenhague, qui s'était soldée par un maigre résultat, avait culminé à près de 45.000, sans compter les nombreux militants qui avaient organisé moult manifestations et happenings autour du centre de conférence. Chaos organisationnelUn vrai défi en termes de sécurité et d'encadrement qui s'était traduit par un chaos organisationnel dans la capitale danoise. Le défi sera au moins aussi difficile à relever dans un pays comme le Mexique où la place des règles civiques et le taux de criminalité sont sensiblement différents de ceux observés au Danemark.Pourtant les acteurs de la négociation sur le climat auront besoin de toute leur concentration pour se donner une chance d'aboutir en décembre prochain. Et de leur sang froid. Lors des travaux préparatoires qui ont eu lieu à Bonn ces quinze derniers jours, l'Arabie saoudite a suscité l'ire de bien des délégations en s'opposant à une étude sur l'impact d'un réchauffement de 1,5°C réclamée par les petits Etats insulaires, les plus vulnérables. Drapeau saoudien vandaliséQuelques heures plus tard, une plaque du royaume a été retrouvée rageusement brisée dans les toilettes du centre de conférence, et le drapeau saoudien vandalisé. Une enquête est prévue à la demande des autorités du royaume, premier exportateur mondial de pétrole. Au-delà de l'épisode peu conforme à l'esprit onusien, la rencontre de Bonn a permis l'émergence d'un document de travail commun minimaliste. Il propose de limiter le réchauffement déjà en cours à 2° Celsius d'ici à la fin du siècle ou 1,5°C, abandonnant l'hypothèse de 1°C comme l'avaient réclamé à cor et à cri les petits Etats insulaires. Le document marque deux avancées qui pourront contribuer à débloquer l'ensemble des négociations : l'aide financière aux pays du sud face au réchauffement d'une part, et le contrôle mutuel des mesures prises dans les différents pays pour réduire les émissions de CO2, tout particulièrement la Chine, premier émetteur mondial. Un Fonds climat 2011 au plus tardSur le premier point, « le nouveau texte définit une feuille de route pour la création du nouveau Fonds climat au plus tard en 2011, lors de la Conférence climat prévue en Afrique du sud », explique Elise Buckle, du WWF France pour qui il est à présent urgent de définir les mécanismes de financement innovants qui permettront d'alimenter le Fonds onusien. Le document maintient également l'objectif de réduction des émissions de -25% à -40% pour les pays industrialisés d'ici à 2020 mais ne mentionne pas la référence de 1990 qui a jusqu'à présent été retenue par l'ONU. Il fixe le pic des émissions à 2020 alors que les scientifiques recommandent qu'il ait lieu en 2015. Pour nombre de participants, ce texte minimaliste permettra très difficilement aux négociateurs de Cancun de parvenir à des décisions importantes. En 2003, une autre grande négociation avait calé sur des divergences nord sud dans la station balnéaire mexicaine, le cycle de Doha. La malédiction de Cancun va-t-elle encore frapper ?

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