Procès Messier  : le langage violent des salles de marché

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Philippe Guez est un petit homme à la voix douce. C'est le seul prévenu du procès Messier qui ne travaillait pas chez Vivendi Universal (VU) à l'époque des faits. Il était président de Deutsche Equities, société de Bourse filiale de la Deutsche Bank. C'est cette société que VU utilisait pour racheter ses propres actions sur le marché. Face aux rachats demandés par VU entre le 17 septembre et le 2 octobre 2001, Philippe Guez s'inquiète auprès de sa hiérarchie du non-respect des règles boursières par VU, avec un langage assez fleuri : « Moi, je ne veux pas aller en prison... Ils font n'importe quoi... Ils font des choses qui sont totalement illégales... Je ne suis pas facilement troublé si un client agit à la limite de la légalité, mais, dans ce cas, cela me semble définitivement illégal. » Cela lui vaut d'être jugé aujourd'hui pour « manipulation de cours ». Langage approprié en salle de marchéJeudi et vendredi, Philippe Guez a dû s'expliquer sur ce langage. « Mon langage était inapproprié en droit, mais approprié en salle de marché. Le langage utilisé dans les salles de marché est exagéré. Il faut employer des mots exagérés, être violent dans l'expression des sanctions pour garder la discipline dans les équipes. J'avais demandé une position à ma hiérarchie, mais je n'avais pas eu de réponse, donc je me suis inquiété et j'ai dramatisé, c'était le seul moyen d'attirer leur attention. Pour faire bouger mon supérieur, je voulais lui faire peur, il fallait pousser un coup de gueule. » Sur le fond, Philippe Guez assure qu'il n'y a eu aucune manipulation de cours. Selon lui, les achats de VU, même s'ils « ne respectaient pas les règles », étaient au final quand même « légitimes ». Conférence de presseLes débats tournent en particulier autour de la journée du 25 septembre 2001, où Vivendi Universal a publié ses résultats à 15 h 16, et J2M tenu une conférence de presse entre 15 heures et 17 heures. Problème : VU a aussi augmenté fortement ses achats d'actions juste au début de la conférence de presse (1,1 million d'actions rachetées entre 15 h 15 et 15 h 40). Et, dans cet intervalle, le cours passe de 48 à 50 euros. Le juge d'instruction Jean-Marie d'Huy a donc soupçonné J2M d'avoir fait monter le cours à dessein pour donner l'impression que ses propos étaient acclamés par les marchés. Aujourd'hui, l'ex-PDG se défend : « C'est une accusation particulièrement grave, mais fausse, et erronée. En réalité, les achats de VU n'ont représenté que 7 % des échanges, et VU n'a acheté aucun titre au-dessus du cours. La montée du cours n'est donc pas due aux rachats de VU. » Ouverture de la Bourse de New YorkLe trésorier adjoint de VU, François Blondet, lui aussi sur le banc des accusés pour le même motif, précise : « Il y a eu un coup d'accélérateur indéniable à 15 h 25. Nous avons donné à Philippe Guez l'instruction d'acheter de manière plus vigoureuse à l'ouverture de la Bourse de New York, pour défendre la valeur du cours à ce moment là. Mais le cours est passé de 48,5 à 50 euros sans qu'on fasse quoi que ce soit de plus que dans les heures précédentes. »

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