Le père, le fils et l'esprit malsain

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L'actualité est facétieuse. Hier, le président Sar­kozy, rappelant l'origine napoléonienne des lycées, y voyait « un geste qui signifiait très concrètement la fin des privilèges de naissance [?]. Cela voulait dire : désormais, ce qui compte, en France, pour réussir, ce n'est plus d'être bien né, c'est d'avoir travaillé dur par ses études et sa valeur ». Au même moment, le fils du président, Jean Sarkozy, était adoubé patron de l'établissement public de La Défense, au c?ur du fief sarkozien des Hauts-de-Seine. Adoubement que l'on doit bien sûr au cursus universitaire éblouissant de l'impétrant, à son dur labeur et, de façon incidente, à l'esprit de courtisanerie d'une majorité indigne dans son désir de plaire au chef. Sans doute Jean Sarkozy est-il un homme de valeur. Peut-être même hors du commun. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas choisi la façon la plus convaincante d'exprimer son talent, en suivant pas à pas la voie de son père alors que celui-ci est au faîte du pouvoir. Quelles que soient ses qualités, elles seront ombrées d'un soupçon inaltérable, qui s'exprimera violemment dès qu'il ne sera plus protégé. Tous les Tartuffe qui l'applaudissent aujourd'hui ? « Jean est le fils d'un génie politique, il n'est pas étonnant qu'il soit précoce », affirmait hier un élu des Hauts-de-Seine ? le vomiront demain. Dans une famille de politiques éminents comme les Debré, les deux fils de Michel, Bernard et Jean-Louis, ont réussi chacun dans leur spécialité propre, avant de conquérir une circonscription sans l'aide de leur père. Reste l'incompréhensible : pourquoi le père a-t-il toléré et même encouragé cela ? Parmi les 200 classiques du cinéma que Nicolas Sarkozy veut rendre accessibles aux lycéens, « le Président », tourné par Verneuil en 1961, mériterait une place. « J'ai besoin d'un coup de main. Tu peux tout ! » dit l'un des personnages au magistrat suprême de la République. Et le président Beaufort, incarné par le rugueux Jean Gabin, de répondre : « C'est justement pour cela que je ne peux tout me permettre. » flenglet@latribune.fr françois lenglet

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