Obstacles à l'entrée du pétrolier en Ouganda

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À quel horizon Total va-t-il pouvoir concrétiser son entrée en Ouganda ? La finalisation de ce projet officialisé en début d'année bute actuellement sur un conflit juridique dont le pétrolier français est une victime collatérale. L'issue de ce conflit autant que le calendrier de résolution apparaissent aujourd'hui particulièrement incertains. Les choses semblaient pourtant devoir se dérouler selon un scénario bien huilé. En janvier, coiffant au poteau la compagnie italienne Eni, l'entreprise d'origine irlandaise Tullow parvenait à un accord de rachat des parts de sa partenaire Heritage dans ses concessions en Ouganda, pour 1,5 milliard de dollars. Invitée par le gouvernement ougandais à trouver des partenaires, Tullow, trop petite pour supporter les investissements nécessaires au développement des ressources, annonçait une association avec Total et le chinois Cnooc. Les trois entreprises formeraient une société commune et exploiteraient chacune un des trois blocs jusqu'alors détenus par Tullow. Mais le processus s'est depuis grippé. Fin juillet, Heritage et Tullow ont annoncé la finalisation de la vente, validée « sous condition » par le gouvernement ougandais. Las, celui-ci refuse depuis d'entériner la transaction, bloquant ainsi la matérialisation du partenariat impliquant Total. irritation du gouvernementMotif ? Heritage conteste devoir s'acquitter d'un impôt de 405 millions de dollars sur la cession. Dirigée par un ancien mercenaire, l'entreprise, cotée à Londres, domiciliée à Jersey et qui a quitté l'Ouganda, réclame que le cas soit porté devant un tribunal arbitral de Londres, comme le prévoit, selon elle, son contrat de partage de production. Le gouvernement ougandais s'y oppose, appuyé par Tullow, qui s'est désolidarisé de son ancien partenaire. Aujourd'hui, le dossier semble se trouver dans une impasse. « Il est impossible de prévoir » l'issue de cette affaire, constate un porte-parole d'Heritage. Total, pour sa part, ne veut pas s'étendre sur le sujet : « Nous confirmons notre intérêt pour ces actifs, des discussions sont en cours », fait ainsi valoir le pétrolier. Et l'irritation du gouvernement ougandais va croissant, compliquant encore la situation. Ce dernier affirme avoir repris possession des licences exploitées par Tullow et Heritage, expliquant que ces derniers n'avaient pas réclamé leur renouvellement. Autre élément, intrigant : le ministre de l'Énergie du pays a officialisé la semaine dernière la candidature de l'entreprise indienne Essar à la construction d'une raffinerie et d'un pipeline destiné à acheminer les productions du bassin du Lac Albert vers les côtes kenyanes. Or ce pipeline et cette raffinerie doivent théoriquement être réalisés au sein du consortium Tullow-Total-Cnooc. Total en est ainsi réduit à patienter, ou plus sûrement, à tenter d'influer discrètement sur le cours de l'affaire. Pour le pétrolier français, l'enjeu est d'importance, car s'imposer en Ouganda lui permettrait de prendre pied en Afrique de l'Est, une région dont il est absent aujourd'hui. L'Afrique constitue sa première zone de production, mais il n'est implanté qu'en Afrique de l'Ouest et en Afrique du Nord. Total, qui a extrait en Afrique 728.000 barils équivalent pétrole par jour en 2009, ambitionne de produire un million de barils par jour « à moyen terme » sur le continent. Selon Tullow, ses trois concessions contiendraient plus de deux milliards de barils. L'Afrique de l'Est est d'autant plus intéressante que les rives du lac Albert semblent aussi recéler d'importantes réserves sur son côté occidental, chez le grand voisin de l'Ouganda, la République démocratique du Congo. O. H.

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