Retraites : une réforme pour quelques années

La réforme 2003 de François Fillon ne répondait au problème de financement des retraites qu'à hauteur d'un tiers des besoins?: le reste reposait sur l'hypothèse d'une baisse du chômage... qui n'est pas venue. Cette fois, la réforme est plus musclée. « Notre objectif, c'est l'équilibre », a déclaré mercredi le ministre du Travail en présentant sa réforme. « Ce n'est pas moins de déficit, c'est déficit zéro en 2018. » Un équilibre basé avant tout sur un recul rapide de l'âge légal de départ en retraite, à raison de quatre mois par génération, comme l'avait révélé « La Tribune », le 14 juin. « Plus que le passage à 62 ou 63 ans, ce qui compte c'est le rythme d'augmentation de l'âge », a souligné Éric Woerth. « Un déficit réduit à zéro » Tout dépend du point de départ. Le gouvernement, comme le Conseil d'orientation des retraites (COR), inclut dans ses calculs un déficit pour les retraites des fonctionnaires, tout à fait théorique, puisqu'il n'existe pas de caisse de retraite pour les agents de l'État. Ce déficit représente en fait l'augmentation du coût des pensions depuis 2000, pour l'État. Il est évalué à 15,6 milliards d'euros en 2010, et atteindrait 21 milliards en 2020, en l'absence de réforme. Le gouvernement se fait fort de le stabiliser à son niveau de 2010. Mais il n'en disparaît pas pour autant. Si l'on retient les hypothèses officielles, il subsistera donc, en 2018, un déficit de 15,6 milliards. En outre, si on ajoute 1 milliard d'euros résultant d'un transfert des cotisations chômage vers les cotisations retraite, il apparaît que 16,6 milliards de financement sont très incertains. Ce transfert suppose en effet que le chômage recule à 5,7 % en 2020, ce qui reste aléatoire. « Le redéploiement envisagé des cotisations chômage vers l'assurance vieillesse est un pari incertain, compte tenu des aléas de la conjoncture économique », a d'ailleurs réagi mercredi le Medef. Retraités épargnés En réalité, la réforme « stricto sensu » ne finance donc « que » 25,7 milliards d'euros, sur les 42,3 milliards nécessaires à horizon 2018, selon le gouvernement, soit 60 % des besoins. L'essentiel de l'effort est donc réalisé par les salariés cotisants?: 18,6 milliards d'euros sont obtenus en 2018 grâce au report de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans. À cet apport, il faut retrancher les dépenses liées aux mesures améliorant la situation de certains retraités (1,3 milliard). Les 8,4 milliards d'euros restants sont des recettes budgétaires. Elles résultent de recettes fiscales nouvelles prélevées sur les revenus de l'épargne et les hauts revenus, et de mesures touchant les fonctionnaires. Les retraités sont épargnés... pour l'instant. Ils devraient participer au futur financement de la dépendance. Au total, la réforme « contribue à améliorer le déficit d'environ 0,5 point de PIB d'ici à 2013 » et de « 1,9 point de PIB d'ici à 2020 », a souligné mercredi Bercy, visiblement soucieux de rassurer les marchés financiers au plus vite. Surtout, se pose enfin la question du déficit au-delà de 2020. Laurence Boone, économiste chez Barclays Capital, qualifie la réforme de « partielle », car le déficit va « continuer de s'accroître, mais à un rythme moins rapide que prévu ». La réforme prévoit un rendez-vous retraites en 2018 pour « faire le point ». « Au lieu d'une grande réforme pour les futures décennies, on est plutôt sur une réforme pour les quelques années à venir », estime Philippe Askenazy, économiste au CNRS, qui juge inquiétante la ponction opérée sur le Fonds de réserve des retraites (cf. ci dessous). Une chose est sûre, cette réforme ne sera pas la « der des der  ».  

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