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Bouillon de culture chez Rothschild

La Tribune

Publié le 20 avril 2010 à 22:27 - Mis à jour le 20 avril 2010 à 22:27

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18 juillet 2026

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Les crises renforcent les leaders. Rothschild, la banque d'affaires recréée il y a bientôt trente ans par le baron David de Rothschild, est devenue incontournable en France sur le marché des fusions-acquisitions. De la petite transaction de 10 millions d'euros au « méga-deal », la banque de l'avenue de Messine est partout et multiplie les opérations. Les petites (France Télévisions Publicité, AGF Private Equity), les grosses (Agbar-Suez, CFAO, Areva T&D) et même les quelques rares LBO qui reviennent sur le marché (Natixis Private Equity, Spotless). « Nous avons été présents pendant la crise alors que beaucoup de banques avaient réduit la voilure », se félicite Grégoire Chertok, un des associés à Paris.Mais cela ne suffit pas. David de Rothschild, qui dirige le groupe d'une main de velours, voit plus loin. L'objectif est clair : offrir tous les métiers de conseil, sur toutes les tailles de « deals », partout dans le monde. Avec près de 1.000 banquiers à travers 45 bureaux dans le monde, la banque veut conforter sa présence à l'international. D'abord en Europe. Il y a deux ans, le baron a réussi le pari de réunir les deux branches britannique et française de la famille, installant ainsi la banque dans une dimension européenne. Avec 45 banquiers en Italie, Rothschild a réussi à s'imposer comme une des premières banques étrangères dans la Botte, derrière l'inébranlable Mediobanca. Le curseur est désormais dirigé vers l'Espagne et surtout l'Allemagne dont la myriade de PME, le coeur de métier de Rothschild, fait saliver ses banquiers. « L'Allemagne pourrait avoir le poids de la France dans trois à cinq ans », estime Olivier Pécoux, nouveau directeur général de Paris-Orléans, le holding du groupe. Dans le même temps, les efforts se portent inévitablement vers les pays émergents : le Brésil, l'Inde, la Chine, les pays du Golfe. Les piliers du groupe, comme François Henrot et David de Rothschild lui-même, voyagent toujours plus pour installer la marque Rothschild dans ces pays. Les efforts commencent à payer puisque la banque vient de conseiller le constructeur automobile chinois Zhejiang Geely lors du rachat de Volvo.La crise ayant mis en exergue les conflits d'intérêts dans les grandes banques, Rothschild espère en profiter pour miser sur son modèle entièrement axé sur le conseil et présenté comme indépendant des activités de marché elles-mêmes. La banque d'affaires met ainsi l'accent sur le conseil en financement, en restructuration de dette et pour les introductions en Bourse même si elle ne dispose pas d'un bilan pour réaliser ces opérations. « Les entreprises faisant appel au marché comprennent qu'un conseil indépendant n'ayant pas d'intérêt dans le placement de titres est utile face à des grandes banques », souligne Nicolas Bonnault, un associé parisien.Pourtant, si la banque a le vent en poupe depuis quelques années, elle se méfie des effets d'une croissance trop rapide. David de Rothschild connaît les risques du métier. Il met un point d'honneur à contrôler l'ego de ses banquiers et à les faire vivre ensemble. Il a réussi à imprimer la collégialité dans une banque où se croisent de fortes personnalités. À Paris par exemple, une vingtaine d'associés cohabitent : des anciens (Christian de Labriffe, François Henrot) des quinquas (Richard Thil, Olivier Pécoux) et des jeunes (Laurent Baril, Grégoire Chertok, Nicolas Bonnault). Ses concurrents promettaient à Rothschild les mêmes guerres générationnelles qui ont affaibli Lazard pendant dix ans. David de Rothschild savait qu'il fallait laisser la place aux jeunes. Pas question de laisser les rivalités internes, qui malgré tout existent, gangrener la maison. Son autorité naturelle et l'esprit de corps qui règne autour de lui ont permis de trouver un consensus. Il y a deux mois, il a nommé deux « quinquas » aux postes clés du groupe : le Français Olivier Pécoux et le Britannique, Nigel Higgins. Une triple signature : celle d'une nouvelle génération, de la double nationalité affirmée de la maison, et pour la première fois l'intronisation de deux non-membres de la famille Rothschild aux manettes du groupe. « Désormais, il faut que les jeunes montent et que les associés quadras prennent plus de responsabilités », plaide même Olivier Pécoux, fraîchement nommé. « Il faut aller plus loin, transformer notre culture historiquement franco-britannique en culture internationale », ajoute-t-il. À terme, il n'exclut d'ailleurs pas que des banquiers étrangers, notamment des pays émergents, montent en hiérarchie dans le groupe.Cela illustrerait d'ailleurs l'obsession de Rothschild d'intégrer et de mélanger ses banquiers en Europe et dans le monde pour réussir son « bouillon de culture ». « Personne n'a de pré carré. Nous sommes ouverts les uns aux autres car nous considérons qu'aucun d'entre nous ne peut y arriver seul », martèle Laurent Baril, un des associés phares de la banque à Paris. Le style tranche avec le grand rival Lazard qui repose sur ses personnalités et reste encore très cloisonné par bureau local. Rothschild s'est construite en observant ce qu'il ne fallait pas faire chez les autres. Illustrant ce mélange, le groupe vient de lancer un fonds dédié à l'investissement minoritaire. Il est géré par un ancien banquier d'affaires de la maison, Marc-Olivier Laurent, et une centaine d'associés dans le monde ont investi dedans ; une manière de les inciter à apporter des affaires et surtout de les rémunérer. Même chose en banque privée pour qui les banquiers sont encouragés financièrement à apporter des clients. « Des initiatives comme la création du fonds contribuent à unifier le groupe », explique Sylvain Hefes, le président du directoire de Paris-Orléans.Pour l'avenir, la succession de David de Rothschild est déjà dans tous les esprits. En 2004, il avait laissé entendre qu'il resterait encore dix ans. L'échéance approche. D'ici là, son fils Alexandre, âgé de 30 ans, qui a rejoint le groupe familial l'an passé pour participer au lancement de la nouvelle activité d'investissement, ne sera sûrement pas assez « mûr » pour succéder à son père. « Les Rothschild représentent un actionnariat soudé et montrent qu'ils ont su gérer les transitions dans le pass頻, explique Olivier Pécoux. En nommant ce dernier, David de Rothschild a commencé à préparer le passage de relais. En douceur comme toujours. En attendant l'émergence d'une nouvelle génération de Rothschild.Matthieu Pechberty

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