Pourquoi la France a lâché les eurobonds

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Il aura donc suffi que madame Merkel hausse le ton. Une semaine après avoir été tancé par la chancelière, le chef du gouvernement français Jean-Marc Ayrault rentre dans le rang. Dans une interview accordée à l\'hebdomadaire allemand Die Zeit, l\'ancien professeur d\'allemand affirme désormais que « une mutualisation des dettes exige obligatoirement une plus forte intégration politique, ce qui prendra plusieurs années ». Ce n\'est rien d\'autre que le discours que tiennent depuis l\'élection de François Hollande, le 6 mai dernier, le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble et la chancelière Angela Merkel.Les \"oublis\" de François HollandeVendredi dernier, cette dernière avait tapé du point sur la table en rejetant « les solutions faciles comme les euro-obligations » et en fustigeant la « médiocrité » de ceux qui recommandait cette mutualisation. Le nouveau président français a pris acte de cette leçon. Il a donc oublié cette promesse de mutualisation de la dette que, voici encore un mois, il portait fièrement en demandant à Angela Merkel « de lever son veto » sur les euro-obligations. Il l\'a oublié comme il a oublié son idée de remodeler la BCE sur le modèle de la Fed, véritable casus belli pour Berlin. Comme il a oublié la renégociation du pacte budgétaire pour y insérer un « volet croissance », réduit désormais à des mesurettes ponctuelles dont nul ne peut sérieusement croire qu\'elles auront un impact quelconque sur la conjoncture européenne et encore moins française.L\'échec de l\'axe PS-SPDEvidemment, on avancera l\'argument du réalisme et du pragmatisme. Et l\'on aura raison. Avec ces reculs, Paris prend acte de sa position de faiblesse en Europe. La seule chance de François Hollande pour contrecarrer l\'influence d\'Angela Merkel résidait en effet dans une résistance acharnée du SPD, les sociaux-démocrates allemands, sur la question de la ratification du pacte budgétaire. Acculée à négocier pour obtenir un vote favorable de l\'opposition, la chancelière aurait été contrainte de céder sur certains points du programme du président français. Mais les meetings communs, les rencontres à Matignon et les déclarations d\'intention n\'auront pas suffi à créer une solidarité politique entre un  PS et SPD qui ne sont jamais guère aimés. Et la réalité politique allemande a repris le dessus : le SPD a négocié seul son vote avec la CDU sans se soucier de la position du premier ministre français. Et lorsque jeudi dernier, le vote du pacte budgétaire pour le 29 juin par le Bundestag et le Bundesrat a été annoncé, la défaite de François Hollande était consommée.La campagne fédéraliste d\'Angela MerkelAngela Merkel, libérée sur son front intérieur, pouvait dérouler son offensive en Europe. En tenant un discours très fédéraliste, notamment sur le volet budgétaire, elle ralliait les institutions européennes et une grande partie des pays de la zone euro.  Et piégeait Paris. Le parti socialiste risque en effet de ne pas résister à un débat sur le contrôle européen du budget français. Que l\'on se souvienne de la campagne référendaire de 2005. Dès lors, Paris devait calmer le jeu avec Berlin. Renoncer à ce qui est inacceptable pour l\'Allemagne et prendre ce que Berlin acceptera de lui donner.Les petites concessions allemandesLors du sommet de la semaine prochaine, on élaborera un calendrier décennal sur le fédéralisme budgétaire et les Euro-bonds qui, en raison de son étalement, n\'engagera personne. Comme Angela Merkel a besoin de Paris pour afficher un partenariat franco-allemand solide et ne pas avoir l\'air de régner seule sur l\'Europe, elle fera sans doute quelques « cadeaux » : un « paquet croissance » porté par la Banque Européenne d\'Investissement et le redéploiement de fonds structurels inutilisés dont l\'efficacité sera à démontrer et, pourquoi pas, des « euro-bills » (des obligations à très court terme) et une union bancaire restreinte qui ne touchera surtout pas les caisses d\'épargne ni les banques mutualistes allemandes. Mais il ne faudra pas alors oublier qu\'elle aura obtenu l\'essentiel : l\'adoption du pacte budgétaire, avec sa règle d\'or et ses sanctions renforcées.Risque déflationnisteFrançois Hollande, qui avait juré de ne pas faire voté tant qu\'il n\'aura pas été accompagné d\'une relance budgétaire, ne pourra désormais plus résister. Il demandera à la majorité de gauche de ratifier ce traité négocié et signé par Nicolas Sarkozy. Un traité qui aura des conséquences considérables sur la politique économique française : l\'équilibre budgétaire devra devenir la seule priorité, malgré les maigres perspectives de croissance. A l\'horizon, c\'est le risque de déflation qui menace l\'économie française et européenne. La tâche politique et économique de François Hollande s\'annonce déjà immense.

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