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Renforcer les contrôles sur la sphère financière

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Publié le 20 septembre 2009 à 23:47 - Mis à jour le 20 septembre 2009 à 23:47

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Beaucoup d'indicateurs économiques ont commencé à virer au vert. La crise serait-elle finie ?Jean-Marc Le Roux : Probablement pas. Les signaux positifs boursiers sont en partie techniques. Du côté des entreprises, les défaillances augmentent encore aux États-Unis et en Europe. Celle-ci est entrée plus tard dans la crise et en sortira plus tard. Certains secteurs comme la distribution se préparent à une seconde année de baisse à deux chiffres. La plupart des économies vont hélas continuer à détruire de l'emploi ; le véritable marqueur de la fin de la crise, ce sera la reprise de l'emploi.Bernard Ramanantsoa : à première vue, les signes de « fin de décroissance » peuvent en effet paraître encourageants : places financières à la hausse, frémissement de la production industrielle, redémarrage du marché immobilier américain? La tentation est grande de se croire d'ores et déjà sorti du tunnel. Pourtant, le PIB n'a pas fini de baisser ni le chômage de s'accroître. Et, surtout, on ne pourra parler de fin de crise que lorsque tous les enseignements en auront été tirés afin de s'assurer qu'il n'est plus possible de revenir en arrière. Justement, quels enseignements tirez-vous ?J.-M. L. R. : Tout d'abord, la confirmation que les économies sont interdépendantes et que la tentation protectionniste est donc utopique. Ensuite, la nécessité pour les gouvernements de faire des choix favorables à la compétitivité des entreprises : flexibilité du travail, fiscalité non pénalisante? Enfin, la crise a révélé avec acuité un problème d'intégration des marchés financiers au monde économique. Et, en corollaire, la nécessité de dispositifs réglementaires et de responsabilisation des agences de notation. Au rang des bonnes nouvelles, la réactivité et le savoir-faire d'un très grand nombre de directions générales qui ont su anticiper et bien traverser la crise grâce à une gestion des coûts avisée, un recentrage sur leur c?ur de métier?B. R. : La crise, qui est avant tout une crise de la régulation, nous renvoie à nos responsabilités individuelles et collectives. Celles des banques, des agences de notation, des régulateurs, des entreprises, des juristes, des politiques, etc. Il faut tirer avantage de cette crise afin de basculer véritablement dans une économie responsable. Primauté de la sphère financière, rémunérations des dirigeants et bonus mirobolants? Ne faut-il pas refonder le capitalisme sur d'autres valeurs ?B. R. : La question est d'abord celle de la place qu'il convient d'accorder à la finance dans l'économie, celle d'un rouage essentiel pour optimiser l'allocation des capitaux et injecter du crédit dans l'économie. Ni plus ni moins. Sur un plan plus général, la crise offre l'opportunité de repenser notre modèle de croissance en le tournant vers les défis climatiques, sociaux et environnementaux qui s'offrent à nous. Cette refondation du capitalisme est une évolution nécessaire. Mais ne nous trompons pas. Les sociologues et les économistes savent bien qu'aucun système de valeurs ne peut être la solution. Ce sont les systèmes d'incitation qu'il faut modifier.J.-M. L. R. : Le développement de la sphère financière est la conséquence du développement économique lié à la mondialisation et ce n'est pas fini : les entreprises doivent accéder à du financement moteur de la croissance. C'est donc ce monde financier en expansion qui réclame le plus une tutelle et un encadrement législatif. Il ne s'agit donc pas de refonder le capitalisme mais de mettre des garde-fous en renforçant les contrôles, en les harmonisant à l'échelle mondiale et en veillant à les actualiser. Ne craignez-vous pas que la crise débouche sur une crise de confiance dans l'entreprise et le management ?J.-M. L. R. : Il y a bien une crise de confiance, ce qui est la pire des choses car la confiance est une composante essentielle de tout système économique, notamment par ses implications sur le comportement des consommateurs en matière d'achat ou d'épargne. Il faudra du temps aux entreprises pour restaurer la confiance compte tenu des excès passés et des destructions massives d'emplois. Celles qui sauront le faire disposeront d'un avantage concurrentiel certain : elles pourront attirer les meilleurs talents sur lesquels elles pourront s'appuyer pour redémarrer plus vite et plus fort. La crise actuelle est aussi une opportunité unique de refonder le dialogue social. On assiste à des discussions de fond entre dirigeants, partenaires sociaux et salariés sur la pérennité de l'entreprise, y compris dans des contextes de restructuration.B. R. : Cette crise est une crise systémique d'une ampleur sans précédent. Elle a ébranlé les fondements de l'économie en remettant en question la légitimité même de l'entreprise. Alors que d'autres institutions telles que la famille, l'école ou l'église ont depuis longtemps déjà subi des assauts, l'entreprise avait jusqu'ici été étonnamment épargnée. Cette crise va permettre de rééquilibrer la donne et de redonner à l'entreprise la place qui est la sienne.Sans jouer les devins, d'où viendra, à votre avis, la prochaine crise économique ? Sera-t-elle technologique, énergétique, climatique, financière ?B. R. : Comment séparer les unes des autres ? La prochaine crise, tout comme la crise actuelle, aura nécessairement des répercussions dans l'ensemble des domaines technologiques, énergétiques, climatiques et financiers. L'exemple de l'industrie automobile est éloquent à cet égard et ce n'est pas un hasard si elle est touchée avec une violence particulière. C'est justement de cette prise en compte de l'universalité et de l'interdépendance des enjeux que viendra une reprise durable.J.-M. L. R. : Un cycle économique normal voit croissance et récession s'alterner. La crise est quant à elle une discontinuité majeure et peu fréquente. Il est difficile de prédire quand viendra la suivante et quelle sera sa nature. En tant que conseil en stratégie, nous recommandons à nos clients de se préparer à des turbulences cycliques, liées aux enjeux d'un monde plus complexe. Et nous insistons sur la nécessité de garder une vision stratégique sur leur métier, leur chaîne de valeur et leur environnement concurrentiel. Sans oublier que ces turbulences, et même les crises, sont une opportunité pour les pays du Nord de reprendre la main.Propos recueillis parJean-Louis Alcaïde

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