Quinze ans après leur lancement, les Rencontres de Bamako on...

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Bamako 2009 fixe les frontières de la photographie africaineLes Rencontres africaines de la photographie de Bamako sont devenues, en quinze ans, un rendez-vous à part entière du circuit international. Et peuvent compter pour cette huitième édition sur un partenariat avec les Rencontres d'Arles, la présence d'une vedette ? le Britannique Martin Parr ?, des collectionneurs, des experts, et même des sponsors qui financent désormais un tiers du coût de la manifestation (800.000 euros, dont un tiers apporté par la France et un tiers par le Mali, subventionné par l'Union européenne). « Le premier public d'un artiste, ce sont ses pairs. Les photographes africains ont besoin de la reconnaissance des professionnels », explique Olivier Poivre d'Arvor, directeur de Culturesfrance, coproducteur des Rencontres. Ces derniers ont donc investi la capitale malienne?: son musée national « scénographi頻, son Palais de la culture décati, son Institut national des arts encore livré un mois plus tôt aux moustiques. Dehors, indifférente, la ville offre le décor poussiéreux et bruyant propre aux mégalopoles africaines. Hétérogène« Frontières », le thème ombrelle de ces Rencontres, est inégalement traité par les 40 photographes en compétition, sélectionnés en quelques mois par deux nouvelles directrices artistiques, Laura Serani et Michket Krifa. Des artistes déjà cotés sur le marché international comme le Sud-Africain Pieter Hugo, le?Camerounais Barthélémy Toguo, le Français Mohamed Bourouissa, pimentent le panorama d'une production africaine hétérogène. Les photographes maliens contemporains ont, pour la première fois, un espace dédié, mais sont contraints d'écrire leur nom sur des papiers d'écolier à côté de leurs tirages. Deux séries sur six seulement sont inédites. « Je n'ai rencontré aucun acheteur », déplore Amadou Keita, l'un d'entre eux, dont l'association défend les photographes de mariage, métier de la majorité des quelque 200 photographes maliens mais qui ne les propulsera jamais à l'international. Au final, le palmarès est consensuel?: le Nigérian Uche Okpa Iroha, soutenu par une joyeuse bande venue en bus de Lagos, obtient le prix Seydou Keïta, remis par Malick Sidibé. La Sud-Africaine Jodie Bieber, non primée en 2007 en dépit des pronostics, est récompensée par l'Union européenne pour un très beau reportage sur la reconduite des clandestins aux frontières sud-africaines. Baudouin Mouanda, aussi exposé pour une monographie sur les sapeurs, est récompensé par le prix Élan pour sa vision de biais, en noir et blanc de la guerre congolaise. Qu'aucun artiste maghrébin ? pourtant nombreux à être exposés ? n'ait été primé, a étonné certains observateurs. Loin du peupleCette communion professionnelle peine cependant à masquer l'échec des tentatives de popularisation de la photographie auprès des Bamakois. Hormis quelques vernissages délocalisés, programmés par le « in », le « off » est, cette année, inexistant. « L'effort particulier [?] fait pour mettre en place une scénographie urbaine », évoqué par Samuel Sidibé, directeur du musée national et nouveau délégué général de la Biennale, n'a pas été produit. Et le « off » baptisé Contours, qui exposait hors les murs les travaux d'ateliers entre photographes européens et africains, n'a pas été reconduit. Ni les gardiens de salle déjà somnolents, ni la rue anxieuse de financer Tabaski, fête musulmane du mouton, ne se font d'illusion?: en dépit de la gratuité, rarissimes seront les visiteurs. « Luxury », l'ironique diaporama de Martin Parr sur la piste des « super riches » de la planète, ne créera pas la polémique dans le 107e pays le plus pauvre du monde. Quoi qu'il en soit, cette semaine à Bamako a une nouvelle fois permis aux photographes du continent et de la diaspora de se rencontrer, condition sine qua non du succès de toute biennale pour Simon Njami, écrivain, critique et commissaire des quatre dernières Rencontres. « De nombreux projets interafricains naissent ici », comme celui d'un évènement d'art contemporain à Lubumbashi au Congo à l'automne prochain qu'il prépare avec Sammy Baloji, photographe récompensé à Bamako en 2007. Si un vent radical, voire expérimental, ne souffle plus sur la Biennale, les Rencontres de Bamako ont atteint l'âge de raison. Éric Benhamou, à Bamako Jusqu'au 7 décembre. www.rencontres-bamako.com

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