Sortie des films sur Internet : Canal Plus prône le statu quo

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Chargé par le gouvernement d\'une mission sur «l\'exception culturelle», Pierre Lescure savait qu\'il aurait du fil à retordre sur la «chronologie des médias», l\'expression barbare qui désigne le calendrier de diffusion des films en salle, à la télévision, en location sur Internet et en DVD... Beaucoup prônent en effet un assouplissement du système alors que le numérique, l\'abondance de l\'offre et la présence de géants comme iTunes ou Amazon viennent bouleverser les envies du téléspectateur-internaute, Mais pour Canal Plus, il ne faut surtout rien bouger. Rodolphe Belmer est donc revenu sur la position d\'ouverture du groupe du printemps dernier. «Il ne faut pas faire de différence de statut entre petit et gros films. L\'on ne doit pas faire d\'exception. Est-on prêt à discuter d\'une évolution de la chronologie des médias? Nous ne sommes pas arc boutés. Mais il faut que cela soit pour maximiser la valeur, et pas au nom d\'une idéologie, qui dirait le numérique c\'est bien», a indiqué Rodolphe Belmer, promu directeur général de Canal Plus vendredi à Dijon aux Rencontres Cinématographiques de Dijon.Il y a 6 mois, pourtant, Canal Plus était prêt à accepter l\'avancement de la diffusion de certains films d\'art et essai dans les offres de «SVOD» (abonnements à des services de vidéos à la demande en accès illimité). La mise à disposition de ces films dans ces packages aurait été possible 22 mois après la sortie en salle, contre 36 mois actuellement. Même mineure, ce geste qu\'était à faire Canal Plus, n\'en était pas moins symbolique. Pas de régime dérogatoireDe ce régime dérogatoire, il n\'est plus question. Il faut dire qu\'entre temps Canal Plus s\'est vu imposer de nouvelles restrictions sur le sujet. «L\'Autorité de la concurrence nous a interdit d\'acheter des droits exclusifs en SVOD, ce que l\'on conteste. C\'est très dangereux pour notre groupe face aux autres acteurs, qui profitent d\'autres avantages notamment fiscaux», s\'est emporté Rodolphe Belmer, qui fait notamment allusion à Apple. La firme à la Pomme profite d\'un avantageux régime luxembourgeois, qui lui permet de payer peu d\'impôts, et donc de pratiquer des prix bas.«Ces offres sont construites autour d\'une promesse de volume, les contenus sont assez indifférenciés. La concurrence se fait donc par les prix. Aux Etat-Unis, le prix de l\'abonnement peut être inférieur à 10 voire à 6 euros. Cela dessine un modèle de low cost. Il faut être attentif à ce que la SVOD ne vienne pas détruire le marché.», complète Rodolphe Belmer, qui ferme plus généralement la porte à toute autre forme d\'évolution.Des expériences au Royaume UniAinsi, pendant la table ronde, la productrice de Ken Loach, Rebecca O\'Brien a donné deux exemples d\'expériences menées au Royaume Uni. Un film de Ken Loach, très pointu, très «difficile», a été diffusé en même temps en salle et sur le bouquet de télévision payante Sky. «Nous avons doublé les entrées du box office et touché une audience différente», s\'est félicité la productrice, qui prévoit d\'aligner la sortie d\'un prochain documentaire à petit budget sur l\'Angleterre pendant la seconde guerre mondiale avec sa diffusion la plus large possible sur les réseaux et la télévision gratuite. «Pour les petits films, c\'est très important de mener des expérimentations. Cela nous servira pour le futur», a-t-elle lancé.Pour Belmer, «détricoter» la chronologie des médias serait «néfaste»Le témoignage a peu convaincu Rodolphe Belmer. «C\'est intéressant, mais il faut faire attention à ne pas se baser sur des exceptions, qui sont anecdotiques. Notre chronologie des médias est issue d\'une négociation ensuite inscrite dans la loi. Si on commence nous-mêmes à la détricoter, cela serait très néfaste», a balancé le patron de Canal Plus. S\'il est aussi raide sur le sujet, c\'est que le patron n\'a qu\'un objectif: protéger le système d\'abonnement, qui fait la richesse du groupe, en empêchant les internautes d\'être attirés par des offres alternatives. 

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