Un recul au goût de défaite pour Nicolas Sarkozy

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Depuis quinze jours, la Sarkozie était prise sous la mitraille. L'annonce de la probable élection de Jean Sarkozy, fils cadet du président, à la tête de l'établissement public de La Défense (Epad) était venue transformer en enfer les tranchées des parlementaires UMP, déjà malmenés dans leurs circonscriptions au sujet de l'affaire Frédéric Mitterrand et des projets fiscaux du gouvernement. En annonçant le retrait de sa candidature, hier soir sur France 2, le jeune conseiller général de 23 ans a tiré publiquement les conséquences d'une polémique qui avait allègrement franchi les frontières de l'Hexagone, au milieu des accusations de « népotisme » lancées par l'opposition de gauche.Dans un premier temps, les ministres et les responsables de la majorité avaient été priés de faire bloc, sans rechigner, derrière Jean Sarkozy.Nicolas Sarkozy avait rejeté toutes les critiques sur l'inexpérience de son fils, qui poursuit des études de droit. Le chef de l'État s'était jugé « vis頻 par les attaques portées contre son cadet, comme lors de l'affaire Frédéric Mitterrand. Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, avait même cru pouvoir dénoncer « un monde politico-médiatique qui cherche à détruire le président de la République ». Dimanche dernier, l'élection de David Douillet à la législative partielle de Poissy, dans les Yvelines, avait rendu son optimisme au camp du chef de l'État. Les dirigeants de l'UMP avaient estimé que la gauche avait une nouvelle fois échoué dans un « antisarkozysme primaire ».Mais, en privé, des élus de la majorité ne cachaient pas leur inquiétude sur les répercussions politiques de l'affaire de l'Epad.Les députés remontent « du terrain avec les doléances des citoyens sur la taxe carbone, le chômage et les affaires? », expliquait hier l'un d'entre eux.Or la ligne d'horizon de la majorité est fixée à mars prochain, avec les élections régionales. Ces derniers jours, les stratèges de l'UMP ont confié envisager désormais un « fléchissement électoral ».Le parti du président, qui espérait conquérir huit des vingt régions administrées par la gauche, a revu ses ambitions à la baisse et ne table plus aujourd'hui que sur deux prises au mieux.Nicolas Sarkozy, qui affirme discours après discours qu'il ne recule pas sur ses engagements, est en fait bien plus pragmatique que théoricien. Lors des soubresauts sur la réforme du lycée, fin 2008, il avait lui-même sifflé la fin de la récréation en janvier 2009 en annonçant le report et la refonte du texte.Le chef de l'État, qui s'engage dans une des réformes les plus difficiles de son quinquennat avec le texte sur les collectivités territoriales, sait qu'il a besoin d'une majorité soudée. Mais « l'affaire Jean Sarkozy » avait réveillé à droite ceux qui avaient déjà condamné le premier acte « bling-bling » du quinquennat, avec la soirée au Fouquet's et les vacances sur le yacht de Vincent Bolloréeacute;. La condamnation était d'autant plus forte cette fois que, depuis 2007, la crise a accentué la fracture entre « France d'en haut » et « France d'en bas ».Quand le chef de l'État avait évoqué dans son interview au « Figaro » « ceux qui ne se sont jamais faits à [son] élection » et qui « essayent d'attaquer sur tous les sujets avec une mauvaise foi et une méchanceté qui ne tromperont pas les Français », ses proches avaient souligné qu'il parlait de l'opposition, mais certains élus de la majorité avaient jugé qu'il s'agissait aussi d'un rappel à l'ordre interne.contradictionNicolas Sarkozy n'aurait ainsi pas caché son irritation devant des propos prêtés au président du groupe UMP de l'Assemblée, Jean-François Copé, qui aurait déclaré que l'affaire Jean Sarkozy allait « coller aux godasses de la majorit頻.Hier soir, Gilles Carrez, rapporteur de la commission des Finances à l'Assemblée et député-maire UMP du Perreux-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, a salué « la décision très sage » de Jean Sarkozy. Le porte-parole adjoint du parti majoritaire, Dominique Paillé, a salué « le courage et l'abnégation » du fils du chef de l'État.Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a jugé de son côté que Nicolas Sarkozy avait « recul頻 sous la pression de « l'indignation » des Français ». Selon lui, « les arguments invoqués par l'UMP et par le président lui-même » pour défendre la candidature de Jean Sarkozy étaient « en totale contradiction avec les valeurs invoquées par le président de la République quand il parle de mérite, de travail et d'effort ».

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