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Douala ou l'art de se réapproprier la ville

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Publié le 22 décembre 2010 à 22:24 - Mis à jour le 22 décembre 2010 à 22:24

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Organique, assourdissante, poisseuse, la capitale économique du Cameroun est comme toutes les mégalopoles africaines, invivable. Urbanisme anarchique, transports publics inexistants, chaussées défoncées, poubelles à ciel ouvert : ce sont quelque 2 millions de Doualais qui chaque jour la subissent avec fatalité.Ici, le SUD (Salon Urbain de Doula), festival triennal d'art public, se conçoit comme un défi à l'apathie culturelle ambiante. Des oeuvres d'art érigées comme des moulins à vent contre l'invasion des panneaux publicitaires aux slogans carnassiers et aux sourires simplistes. Pour un budget estimé à 350 millions de francs CFA (534.000 euros), Doual'art, centre d'art contemporain promoteur du festival, a essaimé seize « chantiers ». Cette tentative osée parie sur la « réappropriation » - pour emprunter un concept cher à Kader Attia, formidable artiste franco-algérien présent à Douala - de l'espace public par ses usagers. Simon Njami, commissaire général, résume ainsi cette « idée simple » : « En réalisant des oeuvres publiques, inviter les habitants (...) à entrer dans l'âge contemporain sans heurts, sans discours ni concepts, (...) et se réapproprier ce qui fut un jour leur patrimoine. »Ainsi, depuis trois ans, des artistes camerounais et étrangers bâtissent avec les habitants - qui se sont laissés convaincre - des « projets d'art ». Et si les néons du plasticien camerounais Hervé Yamguen peuvent sembler « déjà vus » dans une galerie ou un musée d'Europe, ici, dans cette cité plongée dans l'obscurité, les mots extraits de la parole du voisinage s'éclairent d'un nouveau sens. L'eau est le thème de cette deuxième édition. Aux festivaliers, les créateurs de Doual'art, la princesse Marilyne Douala Bell et Didier Schaub, directeur artistique, épargnent les toujours trop vides salles d'expositions climatisées. Dans cette cité sans musée, ils leur font vivre la ville à la carte, les laissent se perdre dans les labyrinthes de mapanes, ces étroits couloirs en terre qui serpentent entre les maisons. Les oeuvres d'art se nichent au coeur de New Bell ou de Deido, quartiers populaires livrés à eux-mêmes. Les performances rythment la déambulation. Dans un immeuble désaffecté du centre-ville, les photos d'Andrew Tshabangu et de jeunes photographes camerounais s'imbibent de la violence crue du lieu. « Plus qu'un festival, une expérimentation », résume l'artiste Bili Bidjocka. Le sentiment de participer à un dessein plus vaste.Et pour cause : si, depuis sa création en 1991, Doual'art n'a pas tranché entre culture et développement, c'est pour remettre les acteurs culturels au coeur de la société civile. Snobées par les élites, ses initiatives se sont pourtant imposées au gré du temps, offrant aux autorités locales comme une chance inespérée de déléguer une mission de service public qu'elles ignorent. À la fin du XXe siècle, la « Nouvelle Liberté » de Joseph- Francis Sumégné, géant de déchets posé au milieu d'un carrefour stratégique, déclencha une violente polémique avant de devenir l'emblème inamovible de la ville ; aujourd'hui, la colonne de marmites de 12 mètres de haut plantée par Pascale Marthine Tayou au rond-point Gombo fait causer mais il ne viendrait plus à l'idée de personne de la décapiter. Ces pièces permanentes, pour lesquelles Doual'art vient de signer une convention d'entretien avec la communauté urbaine, font souffler sur la ville une brise esthétique revigorante. Prochain bol d'air : la publication du catalogue en juin prochain.Les oeuvres sont toujours visibles dans la ville. www.doualart.org.

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