Sarkozy et la place des jeunes

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C'est une phrase étrangement révélatrice qu'a prononcée Jean Sarkozy dans la désormais célèbre scène du retrait (il a fait deux ans de théâtre, avec profit) : « J'ai écouté les gens, je ne suis ni sourd ni aveugle », a dit à un moment le jeune conseiller général des Hauts-de-Seine jeudi soir sur France 2. Involontairement, peut-être, le fils exprimait ainsi sa différence avec son père. Le président de la République n'écoute plus grand monde, semble-t-il, en dehors de son cercle le plus rapproché. Rassuré par l'élection de David Douillet à Poissy, dans les Yvelines, Nicolas Sarkozy a jusqu'au dernier moment pensé que l'opinion passerait à autre chose ? comme avec l'affaire Frédéric Mitterrand. Erreur d'analyse. L'indignation ne retombait pas, et ne pouvait pas retomber, parce que la promotion éclair du cadet Sarkozy touchait un point excessivement sensible : la difficulté d'intégration des jeunes dans la société. Presque tous les Français partagent cette expérience, peu importe leur milieu ou leur couleur politique. Il y a les parents et les grands-parents qui voient leurs rejetons piétiner des années avant de trouver un travail stable ; il y a les jeunes diplômés qui subissent l'humiliation des stages et des CDD ? et ne parlons même pas des victimes de l'échec scolaire. Il y a enfin tous ceux qui ont fait antichambre, depuis vingt ans que le marché de l'emploi est devenu hostile aux jeunes. Toutes ces catégories forment une majorité qui s'ignorait jusqu'à l'affaire Jean Sarkozy. La réaction a été une vague sans précédent de protestations sur le Web. Sur un mode ironique ou rageur, les messages disaient tous la même chose. Et nous, alors ? On nous fait confiance à 23 ans ? On nous promeut sans diplôme ? On nous donne des responsabilités ? L'offense faite aux jeunes a été ressentie aussi dans les familles, parce qu'elles ont perdu la capacité qu'elles avaient autrefois d'aider leurs enfants à se caser, à l'usine, au bureau, au magasin? Nicolas Sarkozy, par inadvertance, a réveillé une colère qu'on a connue sous d'autres formes : les émeutes des banlieues en 2005, le rejet du CPE (le « Smic jeunes » de Dominique de Villepin), les mouvements lycéens ou étudiants à répétition. En poussant son fils, au mépris des pratiques sociales en vigueur, il cherchait peut-être lui-même à subvertir l'« ordre vieux » ? Quoi qu'il en soit, l'avertissement est clair. Des mesures ont été prises pour l'emploi des seniors. Qu'on fasse au moins autant, et avec audace, pour les jeunes. sgherardi@latribune.frSophie Gherard

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