Les « working poor » en première ligne
La Tribune
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« Regardez, le magasin est vide. Nos affaires sont quasi inexistantes. » Nicola Barry pousse un soupir dépité. Depuis vingt ans qu'elle est vendeuse à Khalsa Schoolwear, une petite boutique de vêtements pour écoliers, elle n'a jamais connu ça. « Notre chiffre d'affaires est en baisse de 40 % par rapport à l'année dernière », estime-t-elle. Dans ce quartier pauvre de l'est de Londres, la récession se fait sentir de plein fouet. La plupart des marchands de Bethnal Green Road, une rue commerçante bas de gamme, souffrent.nord et centre touchésAhmed Mir vend des saris richement décorés à la forte minorité bengalaise du quartier. « Je suis en train de réfléchir à transformer ma boutique en restaurant de plats à emporter, tellement les affaires ont ralenti », explique ce Bengalais d'une cinquantaine d'années.Il y a un an, la crise était annoncée comme devant toucher essentiellement la City et les classes moyennes ; la récession devait être celle des « cols blancs », contrairement à celle des années 1980, quand les mineurs et les ouvriers avaient le plus souffert. Mais, jusqu'à présent, le contraire s'est passé. Le secteur manufacturier a perdu 8,5 % de ses emplois en un an ; la finance et les services aux entreprises n'en ont perdu que 3,8 %.De même, le nord et le centre du pays sont une fois encore plus touchés que Londres et le sud-est de l'Angleterre. Des sept villes où le chômage est le plus élevé, quatre sont dans les West Midlands, la région où les constructions automobiles sont rassemblées.À Khalsa Schoolwear, Nicola raconte le sort de ses deux fils de 19 ans et 29 ans. Sans qualification, ils sont passés sans problème pendant des années de chantier en chantier comme manutentionnaires. Aujourd'hui, ils ne trouvent plus rien.Certes, la City voisine n'a pas été épargnée, avec 50.000 emplois perdus, soit environ 15 % du total. « Mais ces gens peuvent se permettre de faire face à une crise, réplique Ali, propriétaire d'un bazar à Bethnal Green Road. Moi, je travaille six jours par semaine, parfois sept, et ce sont les gens comme moi qui souffrent les premiers de la crise. » Éric Albert, à Londres
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