Pour une métamorphose salutaire de l'économie et de la société

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Il y a des livres dont le titre laisse penser qu'on va s'ennuyer... un peu. « Une si vive résistance », entretien avec Claude Alphandéry, donne d'emblée ce sentiment tant on redoute les souvenirs - certes intéressants - d'un résistant du maquis, égrenés au fil des pages et vantant des temps devenus immémoriaux. Il n'en est pourtant rien. Ce petit opuscule est une bouffée d'enthousiasme. Il fait souffler un vent d'espoir peu commun tant l'avènement d'un monde nouveau semble à portée de nous. L'auteur, ou plutôt l'interviewé, en est le principal responsable.Souvent qualifié de « prophète joyeux », l'ancien résistant de 18 ans, membre du Parti communiste jusqu'en 1956, haut fonctionnaire à la direction du Trésor, président de la première banque française spécialisée dans l'habitat social et fondateur de France Active, livre ici à la fois ses souvenirs et ses actions, mais surtout ses convictions et ses sentiments. La façon dont il a vécu ces événements et les leçons qu'il en tire, jusqu'aux enseignements de ses années passées sur le divan.Profondément humaniste, l'octogénaire tisse sous nos yeux le fil rouge de son parcours : celui de l'attention à l'autre « à ce que chacun peut avoir de dynamique et de porteur, non lorsqu'il s'oppose aux autres, mais lorsqu'il mène à bien une action et construit quelque chose. Donner sa place aux uns et autres, je crois que c'est la seule clé ». Ici, pas de leçon de psychologie. Plutôt le témoignage d'un homme d'action, rigoureux et précis, pétri de valeurs et dont le chemin, à la fois politique et citoyen, lui a permis de prendre la mesure des enjeux : « Il m'a fallu beaucoup de temps et toute la traversée de ma carrière bancaire pour prendre pleinement conscience que la société civile, ce sont les citoyens dans leurs organisations, et que cela suppose un dialogue constant avec les gens de la base. »Désormais, la « métamorphose » de notre société doit, selon cet altruiste, venir de la base. Résultat : sa réponse à la crise actuelle rend hommage à son ami Edgar Morin pour qui le « meilleur est toujours possible » et qui signe la préface. « Il suffit qu'un nombre même restreint de gens continue de se dire qu'un autre système est possible et décide de se prendre par la main. Le problème est de faire sortir ceux qui portent l'espérance, de la marge de la société. » Objectif : entreprendre un transfert macroéconomique par une multitude d'initiatives venues d'en bas... celles de l'Économie sociale et solidaire dont le fondement n'est pas d'être déterminée par le profit mais de faire en sorte de créer un équilibre entre production et consommation.L'initiateur en 2009 du « labo de l'ESS » (Économie sociale et solidaire) reste cependant lucide : « Aujourd'hui, cette économie sociale et solidaire consiste en un certain nombre d'initiatives dispersées que l'opinion regarde avec sympathie mais considère comme des actions ponctuelles, et essentiellement réparatrices d'ordre microéconomique, donc marginales. Or, tout le problème est de faire la preuve du lien existant entre croissance verte et croissance solidaire. [...] Comment démontrer qu'on ne résoudra pas le problème du chômage ou celui des retraites si on ne crée pas d'autres formes d'emploi ? » Et d'en appeler à « la déconstruction des équilibres économiques tels qu'ils sont devenus, des déséquilibres, et leur reconstruction en autre chose, la métamorphose n'étant pas la révolution car elle ne prétend pas installer le bien absolu face au mal absolu, elle garde la possibilité de se poser des questions et d'y réagir ». C'est là tout le mérite de cet ouvrage, truffé d'exemples concrets, à l'analyse rigoureuse qui n'omet aucune objection, et dont le titre aurait pu être : « Secouez-vous. » On lui souhaite de connaître un large succès, comparable en tous points à celui de l'ouvrage d'un de ses vieux complices, Stéphane Hessel, auteur du fameux « Indignez-vous », et amplement mieux mérité.Sophie Péte

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