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Bruxelles, nid d'espions

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Publié le 24 mars 2010 à 22:19 - Mis à jour le 24 mars 2010 à 22:19

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Ian Fleming n'a jamais pensé à envoyer James Bond en mission à Bruxelles. Mais s'il reprenait la plume en 2010, il nous gratifierait probablement d'une course-poursuite autour du rond-point Schuman. Après New York, le siège de la Commission est devenu « la deuxième capitale mondiale de l'espionnage », selon une source bruxelloise. Au-delà de l'Otan sur les questions militaires, les institutions européennes sont devenues incontournables en matière de commerce international, de concurrence ou encore d'énergie. Cinq mille diplomates, mille journalistes et des milliers de consultants et lobbyistes : il y a largement de quoi fournir des couvertures aux services étrangers et aux entreprises. « On accorde beaucoup d'attention à la Chine, la Russie, la Corée du Nord et l'Iran. Juste derrière viennent les États-Unis et Israël », explique un responsable de la Commission. Officiellement, aucun des Vingt-Sept ne peut être mis en doute, mais « il est vrai que l'on s'intéresse aux Roumains et aux Bulgares », consent-il. Récemment, l'entrée à la Commission d'un ancien lobbyiste d'origine bulgare a fait jaser. L'intéressé était passé par le cabinet de conseil qui, depuis des années, accompagne le gazier russe Gazprom à Bruxelles. « Les Russes sont très présents sur l'énergie. Leur objectif est de mettre la main sur toute la filière », assure un spécialiste du secteur qui voit dans cette histoire un exemple typique d'infiltration. En poste à la délégation de la Commission à Moscou, l'ancien consultant fait partie des eurocrates habilités à lire les documents classifiés.Bruxelles s'est éveillée aux questions de sécurité le 1er décembre 2001, date de l'entrée en vigueur de la « PESD », la politique européenne de sécurité et de défense. Elle a alors créé de toutes pièces des procédures pour traiter « l'information sensible qui, tombée entre de mauvaises mains, pourrait causer du tort aux intérêts de l'UE ou des États membres », explique un document du Conseil. « Tous les documents classés confidentiels et secrets sont protégés, contrôlés et tracés », explique une source interne. Trois mille personnes peuvent lire ce qui est frappé de l'estampille « UE restreint », « UE confidentiel » ou « UE secret ». Seules quinze sont habilitées à lire les documents « top secret », seulement en version papier. Mais « les règles de circulation sont tellement strictes que les gens évitent de classifier ?top secret? », avoue un expert en sécurité. Heureusement, d'ailleurs, car même Catherine Ashton, haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, ne pourrait pas les lire ! Les institutions européennes se reposent sur les ministères de l'Intérieur ou de la Défense des pays d'origine de ses responsables pour leur accorder ou non une habilitation. Or la « baronne » ne dispose toujours pas de son brevet de bonnes moeurs. « Les Britanniques nous disent que Catherine Ashton n'aura pas sa clearance, explique un responsable de la Commission à ?La Tribune?. Ils considèrent que, en tant que politicienne de haut niveau, ce n'est pas obligatoire pour elle. » Trésorière de la CND (Campaign for Nuclear Disarmament) dans les années 1980, l'ancienne militante est également suspectée d'avoir reçu des financements de Moscou. Actuellement logée au Berlaymont, le siège de la Commission dont elle est vice-présidente, la Britannique aurait elle-même demandé qu'on ne lui amène pas de documents secrets, estimant qu'elle ne pourrait y respecter les procédures. Le bâtiment est jugé poreux, à l'exception de quelques « poches » suréquipées.Elle s'apprête quoi qu'il en soit à déménager : son futur service diplomatique européen devrait prendre ses quartiers dans un immeuble flambant neuf. Son prédécesseur Javier Solana avait, lui, installé le Comité militaire de l'UE avenue de Cortenbergh et pas au Conseil de l'UE. L'ancien secrétaire général de l'Otan avait des raisons de se méfier. En 2003, on découvrait que plusieurs salles de délégation étaient équipées de boîtiers d'écoute coulés dans le béton. L'enquête suit toujours son cours.Ce n'était pas le premier flagrant délit d'espionnage. Au moment de l'Uruguay Round, les Européens s'étaient étonnés que les négociateurs américains connaissent toutes leurs positions confidentielles avant même l'ouverture des discussions : 5.000 ordinateurs avaient été piratés. Bruxelles a confirmé sa réputation de « maison de verre » en 2001, lorsqu'un responsable du cryptage de la Commission avouait sans rougir avoir informellement confié l'audit de ses clés à la NSA américaine. Sans oublier le fumeux épisode Echelon, le système d'écoute global piloté par les États-Unis avec la complicité des Britanniques. Plusieurs journalistes accrédités ou stagiaires sont également dans le collimateur. Une équipe d'enquêteurs opérant une surveillance interne « les regarde, contrôle où ils vont et s'ils essaient de créer un réseau en interne ». « Si un Coréen du Nord veut faire un stage aux relations extérieures, on se méfie... » note un haut fonctionnaire.Mais « le plus préoccupant, ce sont les attaques informatiques, par leur nombre et leur sophistication », souligne une source. Les e-mails, quoique protégés, sont considérés « aussi confidentiels que des cartes postales ». Lorsqu'ils voyagent dans des pays comme la Chine, les fonctionnaires « ne doivent pas laisser leur ordinateur portable, leur téléphone ou des documents dans leur chambre d'hôtel. Leur GSM, même éteint, peut être converti en système d'écoute. Il faut donc enlever la batterie ». José Manuel Barroso, président de la Commission, peut-il être facilement écouté ? « Pour avoir une conversation sécurisée, il faut non seulement que lui dispose d'un portable sécurisé, mais aussi son interlocuteur. »Les responsables bruxellois prennent peu à peu la question de sécurité au sérieux. « Il y a eu un énorme effort. Nous avons réussi à créer une culture très rigoureuse de la sécurit頻, assure Claude-France Arnould, qui prendra sous peu la tête de la direction de la planification civilo-militaire, dans le service diplomatique européen. Mais dans une Europe à 27, la quantité d'intervenants rend tout espoir de confidentialité absolue illusoire. Finalement, la meilleure protection de l'information européenne réside dans sa complexité...Florence Autret et Yann-Antony Noghès, à BruxellesL'entrée à la Commission d'un ancien lobbyiste au service de Gazprom d'origine bulgare a fait jaser.« Les Britanniques disent que Catherine Ashton (vice-présidente de la Commission) n'aura pas son habilitation. »Trois mille personnes peuvent lire ce qui est frappé de l'estampille « UE restreint », « UE confidentiel » ou « UE secret ». Seules quinze sont habilitées à lire les documents « top secret », seulement en version papier.Mais « les règles de circulation sont tellement strictes que les gens évitent de classifier ?top secret? », avoue un expert en sécurité.

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