L'éditorial de François Lenglet

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L'air de rien, la France est entrée dans un nouveau régime institutionnel, le triennat. Après le remaniement annoncé pour octobre, Nicolas Sarkozy entrera dans une longue campagne électorale et fera, a-t-il annoncé, « de la politique » et moins de réformes. Trois ans d'action présidentielle dont le bilan risque fort d'être déterminé par les quarante jours qui viennent. Quarante jours pour réussir deux épreuves, la refonte du régime de retraite et le réglage délicat du budget 2011 - celui de 2012 n'aura guère d'importance puisque, suivant une tradition française bien établie à gauche comme à droite, les plans budgétaires réalisés avant une élection sont parfaitement irréalistes. Quarante jours pour éviter la colère de deux monstres qui se font face et se détestent, la rue et les marchés financiers, chacun réclamant bruyamment son dû, chacun menaçant de déclencher une crise qui paralyserait le pays. Sans doute le président a-t-il contribué à dramatiser l'enjeu de cette rentrée, en présentant la réforme des retraites comme le grand oeuvre sur lequel il entendait être jugé. Pourtant, le sentiment de fragilité politique qu'il dégage ne s'explique pas seulement par ce pari, ni même par la courbe fléchissante des sondages, mais par les ambivalences du personnage. Le président réformateur séduit, lorsqu'il secoue les conservatismes. Le président sécuritaire consterne, pour lequel tous les chemins mènent aux Roms. Le bénéfice politique est bien maigre, à malmener de pauvres diables et à scandaliser de Christine Boutin jusqu'au « Wall Street Journal ». La réforme des retraites s'est elle-même trouvée mise en péril par une plongée dans l'univers nauséabond des politiques et des demi-mondains qui rôdent autour de la plus grosse fortune française, espérant enveloppes et prébendes. Trois ans après son élection, Sarkozy n'a pas levé les ambiguïtés qu'on pressentait en lui, il les a confirmées. Et même revendiquées. Jusqu'ici, l'artiste politique a toujours rebondi. Mais elles ont entamé son crédit, à l'heure où il en a le plus besoin.flenglet@latribune.f

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