RAT DES VILLES, RAT DES CHAMPS

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C'est désormais un rite bien établi : chaque année, à la fin du mois de février, la France célèbre son rapport à l'agriculture avec un succès non négligeable. Très populaire, le Salon international de l'agriculture attire parisiens, provinciaux, professionnels, amoureux des champs ou simples curieux en grand nombre chaque année. Plus de 700.000 visiteurs sont attendus pour cette 47e édition du salon parisien qui met à l'honneur la nature. Alors la campagne, dernière destination à la mode ? En témoigne le succès des Smartbox, ces coffrets cadeaux dans lesquels la nature figure au premier plan des attractions et destinations proposées, l'excellente santé des Gîtes de France, en passant par la dernière collection printemps-été 2010 du BHV intitulée « Just Campagne ! », ou encore la prolifération des magasins Nature et Découverte. Mais l'engouement dépasse le stade d'un simple week-end ou d'un intérieur verdoyant. Depuis une dizaine d'années, de plus en plus de citadins franchissent le pas et décident de s'installer en milieu rural. Jamais les Français n'ont été aussi nombreux à vivre en ville, avec une population citadine à 80 %. Seulement, plus d'un tiers de ces citadins songent à s'installer à la campagne. En 2006, 2,5 millions de ces derniers s'étaient expatriés. Pourquoi un tel choix ? Selon l'Ifop, la recherche d'une meilleure qualité de vie représenterait la motivation prioritaire des candidats à l'installation en milieu rural. Ce que confirme Danielle Rapoport, psychosociologue, qui dirige un cabinet d'étude : « Les gens ne veulent plus du stress de la ville. L'allongement de la durée de vie joue aussi. De nos jours, on peut avoir plusieurs existences parallèles. » Cette idéologie d'un retour à un rythme moins contrôlée par une logique de consommation, est facilitée par le développement des transports et de la technologie. Comme l'augmentation de la cadence des trains, qui permet des allers-retours pour ceux qui auraient choisi de garder leur emploi en ville, à l'instar de Thierry Ardisson, le célèbre animateur-producteur de télévision, dont le rythme se partage entre Paris pour le travail, et la campagne pour la vie de famille. L'essor d'Internet et de la téléphonie mobile permet aussi de ne jamais rompre avec « le monde moderne ». Selon Danielle Rapoport, se déplacer à la campagne n'implique d'ailleurs pas, ou rarement, l'envie d'abandonner la modernité. On veut le confort de la ville - la proximité des commerces, des services publics et des écoles, l'accès aux soins - allié aux avantages de la verdure (le calme, l'espace et l'immobilier moins cher). Pour Jean Viard, sociologue et politologue, spécialiste du monde rural, un nouvel art de vivre est en jeu : « Dans les années 1970, on a vu s'exprimer un refus politique de la ville et de sa déchéance. Aujourd'hui, des gens profondément urbains choisissent d'habiter à côté de la ville pour avoir un jardin, une piscine. » Entre une grande maison au vert et un deux-pièces parisien pour le même prix, beaucoup se posent la question. Rares sont donc ceux qui souhaitent une expatriation lointaine, surtout chez les Parisiens. La plupart préfèrent migrer vers des petits villages « bobos ». Ninon Bardet, du collectif Ville campagne, résume la situation : « Quelques-uns veulent partir pour tout changer, mais finalement assez peu de traders de La Défense choisissent de devenir éleveurs de chèvres dans le Larzac. » On savait déjà que le rat des champs de La Fontaine était mieux loti que celui des villes. On ignorait qu'il deviendrait tendance. La recherche d'une meilleure qualité de vie représenterait la motivation prioritaire des candidats à l'installation en milieu rural.

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