Le G8 tient ses promesses, en partie...

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Les grands de ce monde tiennent-ils leurs promesses ? Alors qu'a débuté vendredi le sommet du G8 de Huntsville (district de Muskoka, province de l'Ontario au Canada), cette question hante plus que jamais les esprits. Depuis plusieurs années, les ONG s'interrogent sur la valeur réelle des engagements pris lors des sommets annuels du G8. Ces interrogations viennent d'être confortées de l'intérieur même du cercle du G8 : « Il arrive trop souvent que ces réunions internationales n'apportent pas de résultats à la mesure de leur éclat et des promesses qui y sont faites", même si "de bonnes intentions sont mises en commun lors d'entretiens constructifs", a commenté David Cameron, le nouveau Premier ministre britannique qui fait pour la première fois l'expérience d'un sommet du G8, qui sera suivi par celui du G20, samedi soir et dimanche.Il manque à l'appel quinze milliards de dollarsEn 2002 le sommet du G8 de Kananaskis a adopté un plan d'action pour l'Afrique afin de renforcer le soutien au Nepad (New parternship for Africa's development). Trois ans plus tard à Gleneagles, il s'engageait même à apporter 50 milliards de dollars d'aide supplémentaire par an d'ici à 2010 dont la moitié pour l'Afrique. Qu'en est-il concrètement ? Le rapport rédigé par le G8, baptisé « Muskoka accountability report », souligne que « certains membres du G8 ont rempli voire dépassé leurs objectifs », que « d'autres continuent à progresser vers leurs objectifs pour 2010 » et que « pour 2008, l'aide publique au développement fournie par le G8 a augmenté de 10 milliards de dollars, en hausse de 50% ». Mais ces chiffres ne font pas taire les critiques des ONG. Elles rappellent qu'à Gleneagles «le supplément d'aide pour l'Afrique a été fixé à 25 milliards de dollars et qu'il manque donc une quinzaine de milliards de dollars », explique Sébastien Fourmy, de l'ONG Oxfam. L'Italie fait chuter le résultat collectifPour sa part, l'association One estime dans son rapport Data que les promesses de 2005 ont permis des augmentations historiques de l'aide au développement et des résultats vitaux sur le terrain depuis cinq ans. « 42 millions d'enfants supplémentaires ont accès à l'école. 3 millions d'Africains bénéficient de traitements du sida contre 50.000 en 2002. Les décès causés par le paludisme ont été quasiment divisés par deux dans quantité de pays », explique Guillaume Grosso, directeur de One France. Mais il souligne aussi que le Canada, le Japon et les Etats-Unis avaient fixé des objectifs relativement modestes en 2005 et les ont dépassés. En revanche, la France et l'Allemagne, qui avaient choisi des objectifs plus ambitieux, risquent probablement de tenir le quart de ces engagements. De plus, la piètre prestation de l'Italie, qui a coupé son aide à l'Afrique de 6% par rapport à son niveau de 2004, fait chuter le résultat collectif du G8.La France épinglée par OxfamAutres critiques, celles portant sur l'aide à la sécurité alimentaire. Lors du Sommet du G8 de 2009 à l'Aquila, 13 pays donateurs se sont engagés à « augmenter substantiellement l'aide à l'agriculture et à la sécurité alimentaire » en annonçant plus de 20 milliards de dollars sur une période de trois ans. Le G8 affirme avoir « identifié 22 milliards de dollars d'engagements de la part du G8 et d'autres pays donateurs » pour le développement d'une agriculture soutenabe. Dans ce cadre, La France a annoncé une contribution de 1,5 milliard d'euros sur la période 2009-2011. Mais dans une analyse rendue publique vendredi, « Oxfam France démontre que, malgré les annonces, l'aide publique au développement (APD) française consacrée au secteur Agriculture et sécurité alimentaire est à son plus bas niveau depuis 2007, début de la crise alimentaire ». « Non seulement l'aide au secteur agriculture et sécurité alimentaire est en baisse depuis la crise alimentaire, mais les instruments de l'aide française ne permettent pas de cibler les pays et populations les plus nécessiteux. Les premiers perdants sont les petits agriculteurs et l'agriculture vivrière, pourtant garants de la sécurité alimentaire » explique Jean-Denis Crola, auteur de l'étude.9 millions d'enfants meurent chaque annéeAutre sujet sensible, la santé des mères et des jeunes enfants, deux des « objectifs du millénaire pour le développement », retenus par la Communauté internationale en 2000, qui sont les plus en retard. La réalisation de tous ces objectifs a été fixé en 2015. Or, 9 millions d'enfants meurent chaque année avant d'atteindre l'âge de 5 ans et 500.000 femmes meurent durant la grossesse et l'accouchement. L'objectif de réduire des deux tiers la mortalité des enfants de moins de 5 ans et celui de réduire des trois quarts le taux de mortalité des mères semblent encore hors de portée. Mais le G8, qui s'est engagé à fournir au moins 60 milliards de dollars pour combattre les maladies infectieuses et améliorer les sytèmes de santé, déclare être « sur la trajectoire permettant d' atteindre ses engagements » avec notamment un apport de 12,2 milliards de dollars au Fond mondial contre le sida, la malaria et la tuberculose, entre 2001 et 2009, soit 78% du total de l'enveloppe dont dispose ce fonds. « Ce bilan des promesses du G8 existe, et c'est un point positif, mais on joue beaucoup avec les chiffres », estime Sébastien Fourmy qui s'interroge sur le choix de présenter certains montants en prix courants. « Il nous faudrait un décryptage », réclame t-il. Un embarras qui sera au centre de la marche prévue par les ONG ce samedi à Toronto.

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