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La Grande Bleue à la recherche d'eau douce

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Publié le 25 juillet 2013 à 21:02 - Mis à jour le 25 juillet 2013 à 21:02

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Que d\'eau, que d\'eau... » Voilà un constat que Mac Mahon, s\'il revenait parmi nous, aurait bien du mal à faire s\'agissant des pays méditerranéens, où ce qui risque de manquer le plus dans les années qui viennent, c\'est justement l\'eau... L\'avenir de beaucoup de pays bordant la Méditerranée dépend de cette ressource qui risque de se faire de plus en plus rare. Les réserves sont menacées par les modifications climatiques, l\'augmentation de la population, l\'urbanisation et le développement nécessaire de la production agricole.Certes, comme le souligne Erik Orsenna dans l\'interview qu\'il a accordée à La Tribune, la situation dans les pays du bassin méditerranéen n\'est pas homogène, et cette constatation vaut aussi pour les ressources en eau. Selon une étude réalisée en 2011 par l\'Institut méditerranéen de l\'eau (IME), dont le siège est à Marseille, les projections de ressources à l\'horizon 2025 mettent en relief des contrastes marqués entre les pays de la rive européenne (qui ne sont pas, dans leur grande majorité, en situation de stress hydrique grave) et ceux de l\'Afrique du Nord et du Proche-Orient.La consommation d\'eau dans les pays qui bordent la Méditerranée est estimée par l\'IME à environ 300 km3 par an, dont près de 180 km3 sont consacrés à l\'irrigation. Celle-ci effectue un prélèvement brut sur les autres utilisations (habitat, industrie, énergie), l\'eau est récupérée en partie (dans le meilleur des cas) dans les systèmes de collecte et de traitement des eaux usées. Sur ces 300 km3, plus de 220 proviennent des eaux de surface (fleuves, rivières, lacs), 52 km3 des eaux souterraines (dont le remplacement est très long) et seulement 1 km3 du dessalement, tandis que la réutilisation des eaux traitées ne représente encore que 10 km3.La tension sur la ressource est donc très forte. Elle est plus intense encore dans les pays du Sud et de l\'Est, dont 123 km3 sur une consommation totale de 170 km3 viennent des eaux de surface. Comme on le sait, les eaux de surface sont alimentées par les précipitations (pluie, fonte des neiges). Et, de ce point de vue, la situation du bassin est très disparate.Un enjeu géopolitique majeur au Proche-OrientLes projections pour 2025 montrent que les besoins en eau de l\'ensemble du bassin s\'élèveront à plus de 355 km3 par an (125 km3 pour le Nord et 230 pour le Sud et l\'Est), pour des ressources estimées aujourd\'hui à 310 km3 dans le Nord et à 190 km3dans le Sud et l\'Est. Si rien ne change, le déficit du Maghreb et de la Méditerranée orientale sera insupportable. Car, si la consommation d\'eau au nord de la Méditerranée continuera à baisser légèrement d\'ici à 2025, celle des autres pays riverains ne cessera d\'augmenter, notamment en Turquie, en Égypte, en Lybie, au Maroc et en Israël.Mais un autre élément doit être pris en compte. Dans certains pays, les ressources en eau sont externes, ce qui est le cas de l\'Égypte, d\'Israël ou de la Syrie. Le cas de l\'Égypte est particulièrement édifiant. Le pays ne dispose que d\'un seul cours d\'eau permanent sur son territoire, le Nil. Or l\'accord sur le partage des eaux du Nil date de 1959 et a été conclu entre l\'Égypte et le Soudan, sans participation des autres pays riverains comme l\'Éthiopie ou l\'Ouganda. Cet accord attribuait à l\'Égypte près de 70 % du débit du fleuve. L\'Éthiopie conteste depuis de longues années ce partage qu\'elle juge inique, et a pris l\'offensive fin mai 2013 en commençant les travaux d\'un gigantesque barrage sur le Nil Bleu (qui rejoint le Nil Blanc à Khartoum).Les turcs, « maîtres de l\'eau »D\'une capacité prévue de 6000 MW, ce barrage est destiné à valoriser les ressources hydrauliques du pays, mais aussi à produire de l\'électricité, dont une partie pourrait être revendue à... l\'Égypte. Cette décision a provoqué la réunion d\'un conseil de guerre au Caire avant que la fièvre ne soit un peu apaisée par la rencontre des ministres des Affaires étrangères des deux pays début juin. Cet exemple illustre les tensions croissantes entre les pays qui se « partagent » le cours d\'un fleuve, ceux de l\'amont ayant la tentation de se servir au passage, au détriment de ceux de l\'aval. Une stratégie mise en oeuvre depuis longtemps par la Chine... La Turquie est le symbole même du pays en amont, puisqu\'elle contrôle les eaux de l\'Euphrate et du Tigre, ce qui la met en position de force par rapport à ses voisins, notamment la Syrie et l\'Irak. Ankara contrôle aujourd\'hui 30 % des eaux de l\'Euphrate, qui coule sur son territoire sur plus de 900 km et sur lequel les Turcs ont construit notamment le très grand barrage de Birecik, près de la frontière syrienne. Il fait partie d\'un immense projet d\'aménagement de l\'Anatolie du Sud-Est comportant une vingtaine de barrages et de centrales hydroélectriques le long du Tigre et de l\'Euphrate, qui fait de la Turquie une sorte de « maître de l\'eau » dans la région.D\'ici à 2020-2030, comment réduire l\'écart entre les besoins en eau et les ressources ? Compter sur une augmentation générale des précipitations serait un leurre. Les travaux des climatologues montrent que l\'avenir du Sud méditerranéen est celui de températures plus élevées et de périodes de sécheresse plus intenses. Dans quelles directions travailler ? Différents organismes nationaux et internationaux (notamment le Plan bleu) échafaudent des scénarios dans deux directions : une meilleure connaissance des ressources et une modélisation de la gestion des bassins versants en fonction des besoins futurs.Dessalement de l\'eau de mer, l\'exemple du MarocC\'est notamment ce qui a été mis en place dans le bassin de l\'Èbre, en Espagne, qui s\'étend sur 85 000 km2 dans le nord-est du pays, l\'une des zones les plus vulnérables de la rive nord de la Méditerranée, qui enregistre depuis la fin des années 1970 une diminution de 40 % de ses écoulements en raison de la baisse des précipitations, de l\'augmentation de la température et d\'une forte hausse de la consommation. L\'Èbre est le plus puissant des fleuves espagnols, d\'une longueur de plus de 900 km. Son bassin versant s\'étend de la Cantabrie à la Catalogne, abrite 60 % de la production maraîchère du pays, et alimente notamment la ville de Saragosse. Compte tenu du réchauffement climatique et de la croissance de la population, l\'Èbre ne sera plus en mesure d\'assurer l\'irrigation de la totalité des terres agricoles d\'ici une trentaine d\'années, or l\'irrigation représente aujourd\'hui 92 % de la consommation d\'eau du bassin. Un travail de modélisation de la consommation et des ressources jusqu\'en 2050 a été entrepris sur l\'ensemble du bassin, ce qui permet dès aujourd\'hui de repérer les zones de fragilité et d\'anticiper les investissements nécessaires à réaliser.Modéliser est utile, mais travailler à l\'augmentation des ressources est encore plus stratégique. Dans la plupart des pays se développent des projets fondés sur une meilleure gestion des réseaux existants, afin d\'économiser l\'eau potable, ainsi que sur un accroissement des ressources grâce aux nouvelles technologies, notamment dans le domaine du dessalement. C\'est le pari fait par le Maroc, caractérisé par une grande irrégularité des précipitations (la majeure partie de son territoire est en zone semi-aride). L\'Office national de l\'électricité et de l\'eau potable (ONEE) a lancé un vaste plan de construction d\'unités de traitement de l\'eau de mer afin de porter sa production à 200 000 m3 d\'eau potable par jour d\'ici à 2016.

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