« Personne ne peut dire qu'on a tronqué le débat sur les retraites »

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«La Tribune ». La réforme des retraites doit être votée définitivement mercredi au Parlement. Que répondez-vous au Parti socialiste qui dénonce « un naufrage démocratique », arguant d'un déficit de concertation et d'une surdité de l'exécutif vis-à-vis de l'opinion ?Éric Woerth. Je réponds en bloc que c'est du fantasme. La concertation avec les partenaires sociaux a été longue, la plus longue de toutes nos réformes des retraites. Puis est venu le temps du débat au Parlement. Y a-t-il eu un coup de force ? La réponse est évidemment non. Le Parti socialiste a tout simplement oublié comment fonctionnent les institutions dans une démocratie et le rôle central du Parlement. Le débat à l'Assemblée nationale a eu lieu au fond, avec intensité, parfois même avec une grande violence. Puis il y a eu au Sénat un débat d'une très grande longueur, trois semaines jour et nuit, l'un des débats les plus longs de l'histoire de la Ve République. Le problème du Parti socialiste, c'est qu'il est entré très tard dans le débat de fond sur les retraites.Vous ne regrettez pas de ne pas avoir fait voter le texte en juillet ?Non, vraiment pas. On ne peut pas, d'un côté, nous dire que le débat a été trop court et, de l'autre, nous expliquer qu'il aurait fallu tout voter au coeur de l'été. Quelle image aurions-nous donnée du dialogue social avec un texte voté en catimini ? Aujourd'hui, personne ne peut dire qu'on a tronqué le débat. La preuve, c'est que le texte a fait l'objet de vingt évolutions majeures depuis le mois de juillet.Mais par rapport à l'opinion ?Il y aurait évidemment eu des manifestations en septembre, même avec un texte voté en juillet. Ce serait croire que les organisations syndicales sont bien naïves que de prétendre le contraire ! Le gouvernement a bien fait de ne pas retenir un calendrier trop court.Que répondez-vous à Bernard Thibault et à des responsables du PS qui vous demandent de ne pas promulguer la loi ?Il n'est pas question une seconde de suspendre la promulgation. Ce serait un déni de démocratie. Dans un État de droit, le vote parlementaire a une importance fondamentale : on ne le balaie pas d'un revers de la main.Il y a eu le précédent du contrat première embauche...Le CPE est un exemple qui n'a rien à voir. Ce n'était pas une loi nécessaire, et ce n'était pas un texte qui faisait consensus dans la majorité. La réforme des retraites est au contraire indispensable pour l'avenir de notre protection sociale et j'ai pu personnellement constater à quel point la majorité la soutient.Vous pensez que la loi pourra être promulguée à la mi-novembre si le PS dépose un recours au Conseil constitutionnel ?Une promulgation à la mi-novembre tient compte de la saisine du Conseil constitutionnel.Redoutez-vous un regain de la mobilisation lors des prochaines journées d'action, le 28 octobre et le 6 novembre ?Je me garderais bien de toute prévision. Je constate cependant qu'il y a des signes positifs, avec par exemple la reprise du travail des services de ramassage des ordures à Marseille. Je constate également que le blocage du pays n'est absolument pas soutenu par les Français. Enfin, je pense que tout le monde peut comprendre qu'on doit tirer la conséquence du fait que la loi a été votée.Le fait d'avoir accepté l'amendement qui prévoit l'ouverture d'une réflexion en 2013 sur la retraite par points n'est-il pas l'aveu que la réforme actuelle ne règle rien sur le moyen et le long terme ?Notre réforme garantit le retour à l'équilibre au moins jusqu'en 2020. C'est une avancée essentielle qu'aucun autre projet, et sûrement pas celui de l'opposition, n'aurait permis. Cela ne signifie pas évidemment qu'il faut s'interdire de réfléchir à l'après. C'est le sens de cet amendement, qui nous permettra d'avoir un vrai débat sur un régime par points, mais uniquement lorsque la réforme sera pleinement entrée en vigueur. Il ne faut pas faire, en effet, croire aux Français qu'un régime par points règle tout comme par magie : il n'a de sens que lorsque le déficit a d'abord été supprimé.N'avez-vous pas le sentiment que votre mise en cause dans une des ramifications de l'affaire Bettencourt a parasité l'explication de la réforme auprès des Français ?En 2003 et en 2007, il y a eu deux réformes des retraites, avec des manifestations très importantes et des grèves dans le secteur public beaucoup plus suivies qu'aujourd'hui. Que je sache, on ne parlait pas de cette affaire à ce moment-là ! Ce qui mobilise et crée les cortèges, c'est la question des retraites.Au cours des mois qui viennent, le chef de l'Etat va mener le dernier acte de son quinquennat, avec une « relance sociale ».Quelles doivent en être les priorités ?Il faut parler d'insertion des jeunes sur le marché du travail et d'emploi des seniors. Il y a aussi le chantier très important de la dépendance que le président de la République va lancer dès la fin de la réforme des retraites.Et votre envie, c'est de continuer au gouvernement ?J'ai porté l'une des réformes les plus difficiles du quinquennat. J'ai évidemment envie de continuer à participer à l'action réformatrice du gouvernement.Propos recueillis par Anne Eveno, Hélène Fontanaud et Isabelle Moreau

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