L' arrivée du chômage structurel aux États-Unis bouleverse la société

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Jay Herrera et Zevilla Jackson Preston avaient le même rêve : le rêve américain (voir leurs portraits ci-dessous). Celui de décrocher un bon job, une fois leur formation terminée ; d'acheter une grande maison qui serait revendue à bon prix une fois les enfants partis, et la perspective de bénéficier d'une confortable retraite, le portefeuille d'actions amassé au fil des années venant améliorer la pension des caisses publiques. Ils avaient aussi quelques certitudes. Leur vie serait meilleure que celle de leurs parents, qui avaient connu la Grande Dépression, et celle de leurs enfants serait elle aussi forcément meilleure. Et voilà que tout s'effondre.Le travail, ils craignent de le perdre avec la crise, comme 15 millions d'Américains. Leur pension sera maigre, leurs actifs, immobiliers comme boursiers, ayant fondu. Quant aux caisses de retraite publiques et privées, elles risquent l'insolvabilité dans les années qui viennent.Depuis quelques années déjà, l'écart entre riches et pauvres se creusait. La crise a fait le reste. Aujourd'hui, la mobilité sociale, ciment de la société américaine, a pris une nouvelle direction, vers le bas. C'est vrai en particulier pour les ouvriers, autrefois bien payés, grâce aux efforts des syndicats, dans l'industrie lourde - la métallurgie ou l'automobile. La désindustrialisation les a forcé à se rabattre sur un petit job, nettement moins bien rémunéré. La nouvelle « way of life » est désormais celle d'un taux de chômage structurel en hausse et d'une forte insécurité financière, sans compter les espoirs déçus.Eux qui croyaient en leurs capacités de réussir sont perdus. Certains iront voter, le 2 novembre prochain, pour exprimer leur colère contre l'establishment, démocrate comme républicain. D'autres resteront chez eux. L'Amérique d'aujourd'hui, engluée dans deux guerres impossibles à gagner, en Irak et en Afghanistan, et surtout, dans un marasme économique dont elle n'arrive pas à se sortir, ne les fait plus rêver.Progression de la pauvretéDepuis le printemps 2009, le taux de chômage n'est pas passé sous les 9,5 %, alors que, durant les années 2000, il dépassait rarement 6 %. Quelque 45 millions d'Américains, soit 15 % de la population, sont désormais pauvres, contre 13,2 % en 2008. Cette progression est la plus forte depuis que ces statistiques sont établies, en 1959, et ce taux est le plus haut depuis quinze ans. Le revenu médian des ménages est tombé de 51.726 dollars (36.950 euros) en 2008 à 50.221 (35.872 euros) l'an dernier. 35 % des ménages vivent avec moins de 35.000 dollars (25.000 euros) par an. Pas étonnant que le nombre des bénéficiaires de bons alimentaires (« food stamps ») du gouvernement ait bondi de 55 % entre décembre 2007 et juin 2010 (voir encadré). Dans ces conditions, l'optimisme légendaire des Américains ne peut que s'étioler : ils sont désormais une minorité à penser que leurs enfants auront un niveau de vie meilleur que le leur.

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