Kerviel, « créature » de la Société Générale ?

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Au dernier jour du procès de Jérôme Kerviel, la tâche était ardue pour la défense après les plaidoiries assassines de la Société Généralecute; Générale et le réquisitoire implacable du ministère public. Mais c'est justement le genre de défi qu'affectionne Me Olivier Metzner. Debout à sa place pour s'affranchir du micro, l'avocat de l'ancien trader commence sa plaidoirie en prenant les juges à témoin : « Mesdames et messieurs du tribunal, est-ce que l'un de vous trois ne voit pas que les autres prennent des notes ? C'est aujourd'hui ce qu'on vous soutient : à la Société Généralecute; Générale, on ne voit rien. » Il projette de nouveau le plan du desk Delta One : des bureaux côte à côte, Kerviel a quelques mètres de ses supérieurs. « Et l'on voudrait nous faire croire que l'on n'a pas vu, pas entendu Kerviel passer près de 400 milliards d'euros d'ordres... autant que le budget de la France ! » Il s'en prend ensuite au procureur, qui « a dit qu'il requérait au nom de l'intérêt général, de la société... de la Société Généralecute; Générale ? ». Sans oublier l'avocat de la banque : « Même Jean Veil a fini par l'admettre, après avoir affirmé le contraire dans les médias depuis deux ans : Kerviel n'est pas un escroc. »Mais tout cela n'était pour Me Metzner qu'un échauffement avant le véritable assaut : celui contre la banque. Il s'attaque à l'image de prudence que s'est donnée la Société Généralecute; Générale tout au long du procès : « C'est tellement vrai qu'elle a perdu 10 milliards sur les subprimes, et failli perdre 11 milliards sur les produits dérivés qu'elle avait achetée à AIG, mais heureusement pour elle, l'Etat américain a remboursé. » Mettant en doute la « transparence » de l'établissement, il évoque les 35 milliards d'euros d'actifs toxiques regroupés dans « bad bank », comme l'avait dévoilé « La Tribune » (notre édition du 8 janvier).« formaté et déformé »Reste à Me Metzner à répondre aux trois chefs d'inculpation. Le pénaliste s'attaque d'abord à l'abus de confiance, pierre angulaire du dossier. Il évoque, dans la jurisprudence, plusieurs cas où la cour de cassation a estimé qu'il n'y avait pas abus de confiance de la part d'un employé car celui-ci a pu justifier d'un « accord tacite ». Celui-ci est caractérisé par le fait que l'employé a agi régulièrement et durablement en dehors de son mandat, et que l'employeur s'est abstenu d'intervenir alors qu'il avait les moyens de contrôler. « Jérôme Kerviel n'est que la créature de la Société Généralecute; Générale [...] qui l'a embauché, formé, formaté, déformé. [...] Croyez-vous qu'une banque qui l'a laissé faire ne lui a pas donné un accord tacite ? Il y a bien faute professionnelle grave, mais pas délit ». Me Metzner laisse au tribunal le temps d'encaisser, avant d'écarter aussi le faux et usage de faux : « Pour être des faux pénalement, encore faut-il que [les e-mails contrefaits envoyés par Kerviel] créent un droit. Or ces faux n'ont servi qu'à justifier a posteriori un droit déjà pris, celui de prendre des positions. Ce qu'il a bien pu expliquer ensuite, ce sont des mensonges, pas des faux ». L'avocat n'a donc concédé que la dernière infraction, l'introduction frauduleuse de données. Mais c'est la plus lourdement punie, puisqu'elle est passible de 5 ans d'emprisonnement. Le jugement sera rendu le 5 octobre.

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