Sanofi droit dans ses bottes face à Genzyme

C'est toujours non. Moins d'une semaine après qu'Henri Termeer, le patron de Genzyme, a assuré que son groupe valait 89 dollars par action, Sanofi-Aventis campe sur sa position. Il n'est « pas évident du tout » que le laboratoire tricolore relève le prix de son offre, lancée le 4 octobre à 69 dollars par action (18,5 milliards de dollars), a indiqué Chris Viehbacher, son directeur général, en présentant des résultats meilleurs qu'attendus au troisième trimestre. Pourtant, le 22 octobre, Henri Termeer avait largement relevé ses objectifs financiers, tentant aussi de rassurer sur ses problèmes de production et sur le potentiel controversé de son futur médicament Campath, contre la sclérose en plaques. « Irréaliste », a tâclé jeudi Chris Viehbacher. Dans la partie de poker menteur engagée depuis quatre mois entre la biotech américaine et Sanofi, son scepticisme semble plutôt partagé. « Dans cette OPA, Henri Termeer est une pilule empoisonnée à lui tout seul ! », raillait en début de semaine le gérant Rudi Van den Eynde, chez Dexia. « Les arguments de Genzyme [...] ne sont pas plus convaincants qu'avant cette présentation » estime Jean-Jacques Le Fur, chez Oddo. Et de rappeler qu'un quart des revenus de l'américain est menacé par les génériques, et que le Campath, toujours en essais cliniques, reste un projet « à très haut risque ». Il n'empêche. Chris Viehbacher aurait pu prendre prétexte de ce déploiement d'arguments pour relever quelque peu son offre. D'autant que l'action Genzyme s'est durablement installée autour de 72 dollars, quand le français en propose 69. « Genzyme a ouvert la porte à Sanofi début septembre. Plus ce dernier attend, plus un possible relèvement d'offre aura de poids », estime Vincent Genet, directeur de l'activité santé au cabinet Alcimed. D'autres raisons peuvent expliquer le raidissement du groupe tricolore. « En interne, certains pensent toujours que le jeu n'en vaut pas forcément la chandelle, et que Sanofi ferait mieux de poursuivre sa diversification plutôt que de rester dans la pharmacie, fût-ce la biotech », indique un proche du dossier.« Falaise des brevets »Reste que Chris Viehbacher peut difficilement reculer. « Les actionnaires de Genzyme peuvent attendre, Sanofi moins. Il devra relever son offre au plus tard au moment de l'expiration de son OPA, le 10 décembre », juge Rudi Van den Eynde. Et d'ajouter : « S'il fait volte-face, c'est le cours de Biogen [autre grande biotech indépendante, ndlr] qui s'envolera ! » De fait, Sanofi n'a guère le choix d'une acquisition. À fin septembre, la « falaise des brevets » lui a déjà coûté 1,6 milliard d'euros de ventes. Et au troisième trimestre, les « plates-formes de croissance » (pays émergents, diabète, ...) n'ont pas suffi à compenser l'érosion des ventes des Plavix, Lovenox et autre Eloxatine. D'ici deux à trois ans, ce sont environ 6 milliards de dollars (20 % des revenus 2009) qui vont disparaître. Quoiqu'en dise Chris Viehbacher, le temps presse.

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