L'Allemagne, ce n'est pas le diable, mais ce n'est pas le paradis non plus...

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Comment expliquer les attaques du parti socialiste contre le gouvernement allemand ? Probablement par une vision de l\'Allemagne qui ne correspond que peu à la réalité. Que reprochent les socialistes français à Angela Merkel ? D\'imposer à l\'Europe une politique d\'austérité condamnable visant à préserver la compétitivité de l\'industrie allemande et à plonger les pays d\'Europe du sud dans la récession et la crise sociale. Que demandent-ils ? Que l\'Allemagne relance son économie par une augmentation massive des salaires, renonce à sa politique de réduction du déficit budgétaire et de la dette... Avec quel objectif ? Desserrer la contrainte budgétaire sur le reste de la zone euro, renvoyer à plus tard le retour à l\'équilibre budgétaire, au désendettement et les réformes structurelles.Toute autre forme d\'alliance serait vaineLa vive réaction du premier ministre et d\'un certain nombre de membres du gouvernement contre cette nouvelle saillie à l\'égard de Berlin est le signe que cette politique d\'opposition forte à l\'Allemagne, est une voie sans issue pour la France. Qu\'y gagnerait-on ? Un sursis dans le calendrier de réduction de notre déficit public ? Il est déjà quasiment acté. Un saut de compétitivité des entreprises françaises ? Il serait de courte durée. En outre, si l\'Allemagne plonge dans la récession, les entreprises françaises qui comptent de nombreux clients en Allemagne, seraient les premières frappées. L\'Union Européenne et la zone euro y gagneraient-elles en efficacité et en puissance ? Ce serait l\'inverse car la douloureuse gestion de la crise de la zone euro a montré que les marchés accordent davantage de crédit à la solidité de l\'attelage franco-allemand et à son engagement déterminé dans la réforme de le gouvernance européenne (comme les taux auxquels les deux pays empruntent le prouvent) qu\'à toute autre forme d\'alliance qui jetterait les pays du nord et du sud de l\'Europe dans des camps adverses.Il est faux de présenter l\'Allemagne comme le temple de l\'austérité financière. Elle aussi s\'est affranchie des critères de Maastricht, elle aussi s\'est endettée au delà de ce que l\'on aurait pu attendre d\'un pays soi-disant attaché à la frugalité et à l\'orthodoxie financière. Mais la différence entre l\'Allemagne et beaucoup d\'autres pays de la zone euro, dont la France, c\'est qu\'elle a cherché, avant eux, à corriger le tir, et qu\'elle a mobilisé, dans ce renversement de politique économique, l\'ensemble de ses forces vives, classe politique, syndicats, industrie. Faut-il la faire payer pour cela ?L\'Allemagne et ses doutesQue ceux qui croient avoir affaire avec une Allemagne triomphante et dominatrice se rassurent. Elle traverse beaucoup de difficultés : démographie en berne, manque d\'ingénieurs et de techniciens qualifiés, montée de la pauvreté, croissance économique des plus exsangues. Elle s\'est en outre lancée dans un défi politique, technologique et financier d\'une ampleur inédite avec le tournant énergétique, qui devra mobiliser au bas mot, d\'ici 2020/2030 quelque 300 ou 400 milliards d\'euros d\'investissements. L\'Allemagne éprouve les mêmes difficultés que nous à réformer son système éducatif, en raison de la décentralisation à l\'extrême de l\'enseignement et des rapports difficiles entre les Länder et le gouvernement fédéral. Sur le plan social, la fameuse « austérité » allemande est en train de perdre du terrain devant les revendications salariales qui montent en puissance. Les syndicats ont annoncé la couleur, pour le round de négociations de 2013, avec des demandes d\'augmentation de salaires comprises entre 5 et 6,6% selon le recensement effectué par l\'Institut WSI (Fondation Hans Böckler).Le débat sur le salaire minimum est ouvertOn dénonce en France l\'absence de salaire minimum en Allemagne. Ce n\'est pas tout à fait exact. La Fondation Ifrap, dans l\'un de ses papiers récents, rappelle que s\'il n\'existe pas de salaire minimal universel, fixé par la loi, 2 millions de salariés sont couverts par un salaire minimum de branche (entre 8,5 et 13,5 euro de l\'heure). Certes, on compte environ 2 millions de salariés qui perçoivent moins de 8,5 euros de l\'heure, mais dans les branches qui ont signé des accords salariaux, et qui concernant 12,5 millions de salariés, le salaire minium moyen est de 1 343 euros par mois, pour 37,5 heures de travail hebdomadaire. La complexité du système salarial en Allemagne est réelle. Le gouvernement fédéral est un acteur secondaire par rapport aux branches professionnelles et dans une certaine mesure, aux länder. Le débat est ouvert entre la chancelière et certains syndicats qui veulent instituer un salaire minimum universel de 8,50 euros de l\'heure. Il est très vivace même si Angela Merkel ne veut pas d\'un salaire minimum universel afin de ne pas rompre le rapport entre salaire et productivité du travail. Mais la campagne électorale n\'est pas encore terminée et le débat n\'est donc pas éteint. Par ailleurs, le niveau des dépenses sociales en Allemagne représentait en 2011 (selon Eurostat) 43,3% de l\'ensemble des dépenses publiques, contre 42,6% en France.Plus de points communs que de différencesA y regarder de plus près, l\'Allemagne et la France se ressemblent. Elles ont un modèle d\'économie sociale de marché à préserver dans ses fondamentaux, dans une période où leurs positions commerciales, financières, technologiques sont attaquées. Certes, entre la CDU et le PS, subsisteront toujours des différences sensibles d\'appréciation de la situation et des remèdes qu\'il faut lui apporter. Mais l\'essentiel reste ce qui est devant nous, et non derrière. Si l\'Europe ne veut pas abandonner toute ambition dans la compétition mondiale, et si elle veut préserver une vision de l\'économie et du modèle social moins abrupte que ses grands concurrents, la France et l\'Allemagne ne peuvent entrer en confrontation politique sérieuse. Et franchement, on ne voit pas très bien en quoi cela aiderait la zone euro à se remettre sur pieds...

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