L'État se dote d'un comité des métaux stratégiques, sans moyens d'action

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La France vient de passer à la vitesse supérieure sur la sécurisation de ses approvisionnements en matières premières stratégiques. Ou plutôt : la France vient de passer à la vitesse supérieure sur ses réflexions concernant cet enjeu d'importance. Amorcé par Jean-Louis Borloo, créé par décret fin janvier, le Comité des métaux stratégiques (Comes) a été officiellement installé mercredi par le ministre de l'Industrie Éric Besson. Ce comité, qui regroupe services de l'État, organismes publics (BRGM, Ifremer...), fédération diverses et industriels doit définir « une grande stratégie pour les matières premières », a expliqué le ministre. Dans le détail : améliorer la connaissance des besoins des industriels en métaux stratégiques, identifier les ressources les plus critiques, relancer la prospection minière, accélérer la réalisation de projets de recyclage, accroître les efforts de recherche et développement, développer des coopérations. « La bonne nouvelle, c'est que l'État s'intéresse à ce sujet. Je pense que c'est une problématique pour les quinze prochaines années et qu'il faut l'aborder dès maintenant », souligne un participant.La question de l'accès aux métaux stratégiques est en effet d'actualité. Une efficace piqûre de rappel est venue l'an dernier de la décision de la Chine, qui produit 95 % des terres rares dans le monde, de réduire ses exportations. Les terres rares, un ensemble de 17 métaux, sont utilisées dans des applications industrielles allant des éoliennes à la médecine en passant par la défense ou les véhicules électriques. D'ailleurs, la France ne fait qu'emboîter le pas de son voisin allemand, qui s'est dotée fin 2010 d'une agence des matières premières. Plus récemment, l'Union européenne (UE) a publié une liste de 14 « matières critiques ». Mais se pose la question de l'efficacité d'un comité de dialogue et d'échange sans moyens d'actions propres. « L'idée est de guider l'action, mais ce n'est pas une instance de décision, le comité n'a pas de pouvoir propres », a précisé Éric Besson. Le Comes n'abordera pas, par exemple, la question de la constitution de stocks stratégiques. Seules trois entreprises (Eramet, Areva et le chimiste Rhodia) appartiennent au comité. Et encore, non en tant que membres mais en tant qu'invités.Accords politiquesDes accès à des financements ne sont pas non prévus dans ce comité, sinon pour des sujets de recyclage dans le cadre d'appels à projet de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). « Comme pour toute instance qui se met en place, et qui ne doit se réunir que deux fois par an, on peut s'interroger sur son utilité s'il n'existe pas de programme d'actions. Il faut qu'existe une véritable volonté politique, par exemple des accords de coopération entre industriels et institutions, des partenariats publics privés, des programmes orientés sur le recyclage dans le cadre des investissements d'avenir » souligne un participant. Un autre résume : « Il va se poser assez rapidement la question de savoir quels sont les moyens d'actions concrets du Comes. Une fois qu'on est alerté, on fait quoi ? »

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