ENTRETIEN EXCLUSIF — On a eu la chance de pouvoir poser des questions à l’Islandais aux 20 millions de lecteurs. Il sera à Lyon samedi 5 avril pour le festival Quais du polar.Sa parole est très très rare. Arnaldur Indridason, le maître du polar nordique traduit dans 40 langues qui a lancé la vague en France avec La Cité des jarres, quelques années avant la bourrasque Millénium, évite les interviews. Le sexagénaire islandais a accepté de répondre à La Tribune Dimanche par mail et dans sa langue.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Votre nouveau roman aborde la période de la guerre froide. Y avait-il beaucoup d'Islandais attirés par ces « lendemains qui chantent » ?
ARNALDUR INDRIDASON — Tout le monde en Islande a été affecté par la guerre froide. Nous avions une base militaire américaine à la présence de laquelle beaucoup de gens étaient opposés, la population était aussi divisée en deux camps parce que l'Islande avait adhéré à l'Otan. Les lignes entre gauche et droite étaient très nettes dans ce domaine, tout cela rejaillissait aussi sur la vie économique et, tout autant, culturelle. Certes, beaucoup de gens étaient attirés par le mirage soviétique et ils ont longtemps refusé de reconnaître que quelque chose ne tournait pas rond dans le socialisme d'URSS et d'Europe de l'Est, puis évidemment ce système s'est effondré et la vérité a enfin éclaté au grand jour.
D'Erlendur au cœur pur à Konrad avec sa moralité floue, vos enquêteurs récurrents deviennent de plus en plus ambigus...
Erlendur était évidemment un homme imparfait, mais il n'était pas corrompu. Konrad fut moins béni des dieux, il flirte avec la corruption pendant sa carrière et a eu une enfance difficile. Il a été élevé par un père brutal et délinquant qui exerçait de la violence sur sa famille, entre autres sur Konrad. Il a dû passer sa vie à se débattre avec tout ça, avec les relations qu'il entretenait avec son père, et c'est pour cette raison que, dès le début de la série, il cherche des réponses sur le meurtre de son père, assassiné il y a de nombreuses années. Cette histoire traverse tous les romans et on n'en obtient vraiment le fin mot que maintenant, dans Les Lendemains qui chantent.
Propos recueillis par Anne-Laure Walter et traduits par Éric Boury, avec Juliette Einhorn et Alexis Brocas