« Pessoa –Since I’ve Been Me » par Robert Wilson, « Rossignol à la langue pourrie » par Guy-Pierre Couleau et « Projection privée » par Jean-Michel Ribes : découvrez notre sélection scènes de la semaine.Dialogue de saison (3⭐/4)
Paris retrouve l'un de ses artistes les plus aimés. Robert Wilson. Il est là, en personne. Toujours grand, bien droit. Les cheveux sont peut-être plus blancs que blonds. Il n'a pas peur de ses 83 ans. Il marche d'une manière plus précautionneuse qu'autrefois, mais il avance. Il travaille sans cesse. Il a toujours travaillé et l'on se dit que c'est un trait du caractère de Fernando Pessoa (1888-1935) qui l'a sans doute séduit pour sa nouvelle création, Pessoa -Since I've Been Me.
Il avoue une connaissance assez fraîche des écrits de cet homme étrange, de cette âme inconsolable et que l'on ne saisira jamais complètement. Quel être singulier, oui, que ce Pessoa qui eut besoin d'écrire, de publier - de rêver, donc - derrière le masque de personnes qui étaient lui et ne l'étaient pas. Il n'usa pas de « pseudonymes », il offrit le jour à des « hétéronymes ». Comme si lui, Fernando, avait été plusieurs.
Robert Wilson et son équipe artistique proche ont concocté une sorte de revue de music-hall pour donner vie aux textes, aux pensées souvent mélancoliques de l'écrivain. À sa quête spirituelle d'un sens. L'image d'ouverture nous entraîne loin du monde, avec ce tableau, frappant en son cœur le rideau de scène, d'un océan se mêlant au ciel. Très belle toile sur laquelle glisseront bientôt des soleils rouges, sept soleils rouges comme le nombre d'artistes sur le plateau. Puis, énigmatique, une forme s'impose, rouge elle aussi : fusée en partance pour l'au-delà ou crayon pour poèmes ?