Rentrée littéraire : Notre sélection de la semaine
Anna Cabana, Martin Dorléac et Carole Barjon
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Des êtres qui se font la malle, qui prennent la tangente, la poudre d'escampette, le large - et on en passe, tant cette imagerie est linguistiquement féconde : les romans, comme la vie, en sont pleins. Des mères qui prennent la mer parce qu'elles n'ont jamais vraiment su se faire à la terre, qu'elles ont essayé, que l'amour d'un homme les a retenues à quai le temps de faire au moins un enfant, c'est autrement original. En cette rentrée, deux écrivains, Antoine Choplin et Nicolas Garma-Berman, ont chacun consacré à ce motif un roman nimbé de délicatesse. Il résulte de leur lecture successive - fruit d'un pur hasard - un écho attrape-cœurs-et-âmes qui mérite d'être restitué comme tel.
Le premier, La Barque de Masao, est un conte d'une pureté à couper au couteau. Dense à vous empêcher de voir au-delà. Masao, c'est le père ; il travaille comme ouvrier rectifieur de première classe à l'usine de Naoshima, au Japon. Le livre s'ouvre quand Harumi, la fille, 30 ans - on a fait le calcul à partir des très très rares précisions fournies par une narration magnifiquement taiseuse et économe en détails autres que ceux relatifs à la texture du ciel, la couleur de l'air ou l'éclat de l'eau -, lui fait la surprise de venir le chercher à la sortie de l'usine.
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Il ne l'a pas vue depuis quatorze ans, elle a été élevée à Kyoto par ses grands-parents maternels, elle est architecte ; entre le père et la fille se dressent la gaucherie de l'amour non vécu et le spectre de celle dont aucun des deux ne sait comment parler, Kazue. Ainsi se prénomme la maman - qui n'est jamais appelée de la sorte dans le roman ; il faut dire qu'elle a cédé à l'appel de la mer le jour où elle aurait dû commencer à tenir son rôle de mère...
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