Il s'appelait Wilfrid et, à 26 ans, il est devenu champion olympique de canoë. En 2018, après deux ans de traitement hormonal, l'athlète s'appelle officiellement Sandra à l'état civil. Aujourd'hui, l'heureuse grandmère milite pour la transidentité dans le sport.
Le 28 juillet 1996, je deviens champion olympique de canoë avec mon coéquipier Frank Adisson. Cette médaille d'or, c'est l'accomplissement de tous mes rêves de sportif de haut niveau. Et pourtant, nous avons douté jusqu'à la fin du parcours en raison des nombreuses difficultés rencontrées tout au long de la course. Je m'appelle alors Wilfrid. Je suis marié et père de deux enfants. Je viens de réaliser un exploit et, surtout, j'ai enfin pu donner plein de bonheur à ma famille et attirer leur attention pour prouver que j'étais quelqu'un. Cette consécration pourrait me combler, mais je suis déjà dans une autre course, à la poursuite de ma vraie identité.
Je suis transgenre. Je le sais depuis ma tendre enfance. À 10 ans, je priais chaque soir dans mon lit pour me réveiller femme. Mais comme personne ne m'entendait, j'ai dû apprendre à être un garçon. Et puis, dans les années 1980, je n'avais pas le choix, personne ne parlait de la transidentité. Dans ma chambre, je me déguise en fi lle pour ne pas exploser, mais en société, je joue le mec « normal », le gros dur qui deviendra un jour champion olympique. Je construis alors un personnage qui me protégera avec le génome qu'il a et son fort taux de testostérone. Et puis, génétiquement, j'ai de belles facultés avec ma mère prof de gym et mon père très sportif. Sans aucun effort, je développe une musculature plutôt puissante, contrairement à mes équipiers qui sont obligés de travailler beaucoup plus que moi. Le canoë est ainsi le sport qui correspond parfaitement à ma morphologie.