Une femme sur un vélo, c'est moche », lui balançait en 1987 Marc Madiot, alors coureur cycliste français et ancien président de la Ligue nationale de cyclisme, lors d'un entretien télé. Jeannie Longo est restée muette. Les remarques sexistes de ses collègues n'ont jamais ralenti la cadence de sa carrière à la longévité exceptionnelle. Bien au contraire. Pionnière dans le cyclisme féminin, encensée et souvent jalousée, celle qui est venue au vélo « par accident » (elle aspirait à une carrière de pianiste ou de skieuse) est une guerrière. Surnommée « Terminator » ou « Mamie », la championne olympique, âgée aujourd'hui de 65 ans, nous raconte le jour où son sprint sur les routes d'Atlanta a fait dérailler les misogynes du sport français.
Avant chaque compétition, je pars toujours m'entraîner plusieurs semaines en altitude. J'atterris deux jours avant la course à Atlanta plutôt sereinement car, après avoir passé quinze jours dans le Colorado, je sens que je suis au top de mes capacités physiques. Mentalement, je gère parfaitement la pression car c'est ma quatrième olympiade, après Los Angeles en 1984, Séoul en 1988 et Barcelone en 1992. Je rejoins l'hôtel à l'extérieur du village olympique réservé par l'équipe de France de cyclisme. Le genre de motel américain au bord de la route... C'est vilain, mais très pratique pour s'entraîner car on évite toutes les formalités imposées par le village olympique et la tension palpable chez les milliers d'athlètes. Dans ce motel de bord de route, nous sommes entre nous, coureurs, entraîneurs, techniciens. C'est davantage une ambiance de championnat du monde que d'olympiade.