Livre événement : Kamel Daoud contre les égorgeurs

Anna Cabana
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Le journaliste et écrivain Kamel Daoud à la librairie McGriffs à Paris, le 13 août 2024.
© LTD / SÉBASTIEN LEBAN POUR LA TRIBUNE DIMANCHE

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Le journaliste et écrivain Kamel Daoud à la librairie McGriffs à Paris, le 13 août 2024.
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Bien sûr, il y a le mot roman sur la couverture du livre, et ce n'est pas seulement un désinfectant : il s'agit bel et bien d'une fiction. Mais le propos est terriblement politique. Kamel Daoud a d'ailleurs mis en exergue un extrait de la « charte pour la paix et la réconciliation nationale » qui stipule qu'« est puni d'un emprisonnement de trois (3) à cinq (5) ans et d'une amende de 250000 DA à 500000 DA, quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l'État, nuire à l'honorabilité de ses agents qui l'ont dignement servie, ou ternir l'image de l'Algérie sur le plan international ». À l'aune de ladite « charte », ce livre devrait valoir à son auteur une « punition » retentissante.
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L'écrivain et journaliste, qui a quitté Oran pour Paris il y a un an, pourfend en effet la chape de silence : il sort de l'oubli les 200000 morts de la guerre civile des années 1990, cette guerre niée, effacée par les autorités au nom de la « réconciliation ». La seule guerre enseignée, reconnue et respectée, magnifiée même, c'est l'autre, celle contre la France, celle qui a eu lieu entre 1954 et 1962. Nul n'a le droit de parler de la « décennie noire » pendant laquelle les islamistes, pourchassés par les militaires, « ont brûlé des nouveau-nés dans des fours de cuisine, éventré des femmes et découpé des têtes pour les poser au seuil des maisons, et égorgé des fillettes pour le plaisir de Dieu ».
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