Nos critiques littéraires de la semaine
Olivier Mony, Aurélie Marcireau et Alexis Brocas
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Rudolf Noureev et Paolo Bortoluzzi dans « Le Chant du compagnon errant », à Bruxelles en 1971.
© LTD / LIDO / SIPA
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Rudolf Noureev et Paolo Bortoluzzi dans « Le Chant du compagnon errant », à Bruxelles en 1971.
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Rudolf Noureev raconté par celui qui fut son médecin et ami et qui l'accompagna pendant les dix dernières années de sa vie. Un très beau témoignage.
À la fin de sa vie, réfugié dans son sombre et somptueux appartement parisien, alors que le sida grignotait ses dernières forces, Rudolf Noureev, pour traverser la nuit, regardait en boucle sur de vieilles cassettes VHS les chorégraphies des ballets avec Margot Fonteyn qui avaient fait naître sa gloire trente ans auparavant. Ainsi parfois meurent, dans la mélancolie, les fauves et les archanges.
Cette histoire est l'une des plus belles parmi les nombreuses, tristes souvent, joyeuses aussi parfois, qui traversent le beau livre de Michel Canesi Le Crépuscule d'un dieu. Médecin, homosexuel - il ne s'en cache pas sans en faire jamais un quelconque étendard -, Canesi accompagna nombre de patients aux moments les plus terribles de la pandémie, lorsque celle-ci ne s'accompagnait que d'ignorance et de peur, avant l'arrivée des trithérapies.
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Passionné de danse, il rencontra Noureev alors que celui-ci venait d'être nommé à la tête du Ballet de l'Opéra de Paris. Il aurait pu n'être qu'un des nombreux amants de passage du danseur, qui en faisait grande consommation. Ce ne fut pas le cas. Il fut doublement mieux et plus. Son médecin d'abord, tout au long des dix dernières années de la vie de la star - car c'en était une, mondiale même, à la fois personnage viscontien et faune sublime tel que la danse n'en avait pas connu depuis Nijinski. Et aussi, et surtout, l'ami - bienveillant et attentif, notamment à ne pas pouvoir être confondu avec la foule exaspérante de ses admirateurs - de celui qui, sans doute parce qu'il savait qu'il mourrait jeune, fut vivant avec une intensité fulgurante.
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