Rentrée littéraire : dans le mixeur romanesque de Marie Vingtras
Juliette Einhorn
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Les âmes féroces de Marie Vingtras
© LTD / DR
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Les âmes féroces de Marie Vingtras
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Dans Blizzard, le premier roman de Marie Vingtras, la vérité des êtres bruinait, crachotant à travers l'obscurité, la neige et le brouillard. Son deuxième, Les Âmes féroces, ruisselle comme dans Twin Peaks : le cadavre d'une jeune fille, Leo, est retrouvé au bord du fleuve de Mercy, une ville américaine qui couve ses secrets, « à peine plus grande qu'une maison de poupées ». À travers les points de vue adverses de personnages vitrifiés, la narration se tresse pour reconstituer le tableau synoptique des événements. Et retourne comme un gant cette petite société à l'agonie.
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Marchant dans les pas de la journaliste Séverine, qui écrivait sous le pseudonyme de Vingtras, double fictionnel de Jules Vallès, l'écrivaine dresse une fresque désespérée. Nul espoir de rédemption ici - refusant de donner la main à ses personnages, elle exhibe leurs fissures comme autant de crevasses dans l'édifice social. Leur donne la parole jusqu'à la nausée. Dans cet univers cauchemardesque, moite et poisseux à souhait, ils se tortillent comme des vers. Défilé de quatre monologues intérieurs, le roman liquéfie chacun dans sa solitude - toute confidence ou communion à deux y semble impossible. À sa manière, chacun se repaît de la vie des autres : à des fins d'enquête pour Lauren, la shérif de la ville ; sexuelles chez Benjamin, écrivain déchu accusé de détournement de mineures ; par jalousie pour Emmy, la meilleure amie de Leo, qui aime « observer la ville se déployer au ralenti », y contempler son « propre reflet cabossé, multiplié à l'infini » ; par désespoir pour Seth, le père de Leo, qui épie Benjamin depuis qu'Emmy lui a appris qu'ils voulaient fuir ensemble. Les Âmes féroces est le roman voyeuriste des trios désaccordés, des regards interposés.
Juliette Einhorn
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