Tombée du ciel est un roman gigogne où palpitent mille et un livres : le testament d'Alice, 14 ans, qui plonge sa plume dans son sang pour tuer son « ténia métaphysique » - une voix prénommée Sissi qui lui interdit de manger depuis qu'elle a 7 ans ; une bouleversante cantilène, témoignage de ces années qui l'ont évidée au point de la transformer en « un corps, un esprit coincés dans un cadavre » ; un polar, aussi, dont les assassins seraient ses parents, mais aussi l'équipe médicale du service de pédopsychiatrie où elle a été internée pendant un an et demi, qui la traite comme une ennemie.
Parce qu'elle a décidé de se faire un cadeau de Noël un peu spécial - se donner la mort -, il lui reste un jour pour faire entendre sa voix, raconter que si elle meurt demain, elle périra moins de son anorexie que des traquenards des infirmiers et médecins qui ricanent, entre chantages et menaces. De la chambre aquarium où tout le monde peut la voir du dehors. De la pièce caveau où elle a été attachée à son lit. Où son enfance est morte.
Alice Develey nous fait toucher du doigt la mémoire décharnée de sa peau, ce vide dont elle accouche à chaque repas (« Je ne vois pas une pomme, mais 63 calories ») ; les shoots d'anxiolytiques ; les scarifications sur son corps qu'elle griffe et coupe « comme du saucisson », devenant elle-même la nourriture qu'elle abhorre puisque la seule souffrance qu'on peut accepter, c'est celle qu'on se donne.