En Côte d’Ivoire : ces candidats bannis qui ne renoncent pas à la présidentielle
Ludivine Blazy, correspondante à Abidjan

Simone Ehivet Gbagbo est l'ex-femme du président Laurent Gbagbo.
LTD / AFP
Ludivine Blazy, correspondante à Abidjan

Simone Ehivet Gbagbo est l'ex-femme du président Laurent Gbagbo.
LTD / AFP
« Il n'y a pas de raisons que les élections se déroulent dans la bagarre, dans la violence ! » A la tribune, Simone Gbagbo n'hésite pas à évoquer les mauvais souvenirs pour haranguer le public venu ce samedi 31 mai à Yopougon, bouillonnant quartier d'Abidjan. L'ex-Première dame ivoirienne sait de quoi elle parle. En 2010, elle avait soutenu bec et ongles son époux, l'ancien Président Laurent Gbagbo, qui revendiquait sa victoire à la présidentielle. Elle avait été l'un des personnages qui avait contribué à enflammer le pays. S'en était suivie une crise politico-militaire qui avait fait 3. 250 morts.
Depuis, Simone Gbagbo, qui s'est séparée de son mari, fait cavalier seul. Enfin, faisait, puisque candidate sans grand avenir à la prochaine présidentielle d'octobre, elle s'est muée en porte-parole d'une coalition de bannis -la coalition pour l'alternance pacifique en Côte d'Ivoire (CAP-CI)- qui donnait hier ce premier meeting dans la capitale économique ivoirienne. L'objectif ? Que les candidats jugés inéligibles par les autorités électorales soient réintégrés dans la course au scrutin, sur lequel plane encore l'incertitude de la participation de l'actuel dirigeant du pays, Alassane Ouattara, qui, à 83 ans, pourrait briguer un quatrième mandat.
Autres exigences de la coalition : une révision de la liste électorale et la dissolution de la commission électorale indépendante, l'institution chargée de superviser l'élection, jugée trop partisane. « Ce que nous voulons, c'est retrouver la paix, retrouver une cohésion », a martelé Simone Gbagbo, le 31 mai.
Sauf que la cohésion au sein de l'opposition peine à être totale. Samedi, le meeting a dû se passer du soutien des militants de Laurent Gbagbo et de Guillaume Soro. Condamnés par la justice ivoirienne pour leurs actions lors de la crise de 2010 et 2011, destitués de leurs droits civiques, l'ancien président candidat officiel du Parti des peuples africains (PPA-CI) et l'ex-Premier ministre, en exil depuis 2019 mais toujours aux manettes du mouvement Générations et peuples solidaires (GPS), ne peuvent être élus. Si leurs revendications rejoignent bien celles de la coalition, pas question pour autant d'envisager un rapprochement.
« D'aucuns souhaitent que l'organisation de l'opposition soit unique, uniforme... Nous pensons que la pluralité d'opinion peut converger dans un objet précis, justifie Sébastien Dano Djédjé, le président exécutif du PPA-CI, le parti de Soro. On tient à garder notre identité propre. » Une volonté partagée par le mouvement de l'ancien chef d'État, qui, selon le politologue Ousmane Zina, professeur en sciences politiques à l'Université de Bouaké, tient toujours à mener la danse. « Laurent Gbagbo reste Laurent Gbagbo, souligne-t-il. Dans l'esprit du PPA-CI, ce sont les autres partis qui doivent le suivre, non l'inverse. »
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Qu'importe, rétorque Charles Blé Goudé, président du Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples (Cojep) qui a intégré la coalition. Ancien bras droit de Laurent Gbagbo, il est lui aussi inéligible car condamné par la justice ivoirienne. Mais il a coordonné le meeting d'hier. « Nous nous engageons pour des causes et non pour des individus, assure-t-il. J'estime que ce que Laurent Gbagbo subit est une injustice. Je n'ai donc pas besoin qu'il soit membre de notre coalition pour demander sa réintégration, au même titre que celle du président Soro, du président Thiam et de la mienne. Ce que nous souhaitons c'est un dialogue ! »
Lancée début mars, la coalition regroupe à présent 24 partis. A l'origine de cette initiative, il y a donc Simone Ehivet Gbagbo, à la tête du Mouvement des générations capables (MGC), mais aussi Tidjane Thiam, ancien directeur général du Crédit Suisse et président du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-RDA). Longtemps présenté comme le candidat le plus sérieux pour contrer Alassane Ouattara, il conteste sa radiation tardive de la liste électorale. En cause, sa double nationalité franco-ivoirienne, un statut que ne reconnaît pas la Côte d'Ivoire et auquel il a depuis renoncé. En Europe depuis près de deux mois, le vide qu'il laisse au sein de son parti se fait sentir.
« La CAP-CI a une crédibilité, analyse Ousmane Zina. Elle regroupe tout de même quelques saintes figures de la politique ivoirienne. Mais la politique c'est l'occupation du terrain ; tous les acteurs de la coalition vont vouloir en tirer profit. Si Thiam ne revient pas occuper la place qui est la sienne, les autres, et notamment Blé Goudé, feront le travail. » Un militant du PDCI acquiesce.
« Il y a une volonté d'action unitaire, mais pas d'avoir une opposition unie, affirme-t-il. Le meeting d'hier était surtout un tour de chauffe. C'était l'occasion de jauger les forces et les positions de chacun des partis d'opposition. » La coalition s'apparente donc davantage à un « lien circonstanciel voulu par le contexte » qu'à une véritable alliance capable de rebattre les cartes. Une idée renforcée par le rejet, pour l'heure, d'une candidature commune aux différents partis de la CAP-CI.
À lire également
Reste que l'absence de toutes les figures de l'opposition ivoirienne à l'élection d'octobre interroge sur sa légitimité ? « La question est à prendre avec délicatesse », estime Ousmane Zina. Ces absences trouvent leur source dans la loi... Certes les acteurs sont hors-jeu, mais ils peuvent toujours officiellement revenir par le fait du prince. »
Ludivine Blazy, correspondante à Abidjan
Courbet, Rembrandt, Monet, De Vinci... Quand les artistes explorent l'art de l'autoportrait
Olivier Faure, une « pré-primaire » pour contraindre Glucksmann. La chronique politique de Pierre Lepelletier
Présidentielle 2027 : Dominique de Villepin soigne sa gauche
Ces macronistes bientôt arrimés à Pécresse