« C'est calme ce soir », écrit Sivy au groupe de bénévoles sur la messagerie cryptée Signal. L'obscurité descend dans la ville de Hajnówka, à trois heures de route de Varsovie, et l'homme aux dreadlocks s'attend à une nuit tranquille chez lui. À 47 ans, l'amoureux de la nature travaille pour Egala, une organisation indépendante qui vient en aide aux réfugiés et aux migrants. Le regard fatigué, le célibataire, qui préfère ne pas donner son nom de famille, est venu s'installer en Podlachie il y a 10 ans, attiré par ce joyau sauvage à la frontière avec la Biélorussie. Bialowieza, la dernière forêt primaire d'Europe, trésor de la biodiversité, s'élève juste à côté.
À 3 h 43, un message tombe sur le numéro d'urgence de la coalition Grupa Granica dont fait partie Egala. Des hommes sont en détresse, quelque part au milieu des chênes vieux de quatre siècles. Sivy se lève précipitamment, rejoint Zuza, bénévole de 31 ans, et Hania, salariée de 42 ans chez Egala, qui ont dormi dans le dortoir de l'une des bases secrètes de l'organisation.
Il faut préparer des sacs, des vêtements chauds, des chaussures de marche, une trousse de secours, de la nourriture, de l'eau et, surtout, des batteries externes pour recharger des téléphones. Deux heures plus tard, le trio roule vers Bialowieza. Sur le trajet, derrière un bâtiment, des tentes et des véhicules de l'armée sont visibles. « Il y avait un point de contrôle ici il y a quelques mois », relève Sivy. Dix minutes plus tard, le 4×4 arrive à l'orée de la forêt.
« On n'était pas prêts pour ça »
Kilian Bigogne, envoyé spécial à Hajnówka et dans la forêt de Bialowieza