Voyage dans la Pologne des oubliés
Kilian Bigogne, envoyé spécial à Kotun
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Kotun se situe à une heure de Varsovie.
LTD / Kilian Bigogne
Kilian Bigogne, envoyé spécial à Kotun
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Kotun se situe à une heure de Varsovie.
LTD / Kilian Bigogne
Adossé à son portillon noir, Witold grille une cigarette. L'homme de 58 ans vit dans le village de Kotun depuis plus de trente ans. Sa vétuste maison se trouve en plein cœur de la commune située en Mazovie, à une heure à l'est de la capitale, Varsovie. Le petit bourg - quelques commerces, une modeste gare - est traversé par deux grands axes : la route nationale no 2 et la voie ferrée. Jovial, le villageois invite à s'installer autour de sa table de jardin. Mais au moment d'évoquer l'élection présidentielle, dont le second tour se déroule dans une semaine, le ton change.
« Le Premier ministre Donald Tusk et son candidat Rafal Trzaskowski ne prennent pas soin des Polonais et encore moins des zones rurales, assène-t‑il. Je les déteste. » Le quinquagénaire avoue ne pas avoir voté au premier tour mais il se rendra bien aux urnes dimanche prochain. « Je voterai Karol Nawrocki », annonce-t‑il.
Le candidat nationaliste, soutenu par le parti Droit et Justice (PiS), a déjoué les sondages au premier tour en arrivant juste derrière le maire de Varsovie, le proeuropéen de la Coalition civique Rafal Trzaskowski. Désormais, Nawrocki, qui tente, dans l'entre-deux-tours, de séduire les électeurs d'extrême droite, est en bonne postion pour remporter l'élection. Sa victoire serait une claque pour le Premier ministre, Donald Tusk, qui serait sans doute contraint de renoncer à certaines de ses réformes et de revoir à la baisse ses ambitions européennes.
À lire également
Pourtant, comme Witold, deux tiers des 8. 000 habitants de la municipalité de Kotun, qui regroupe le village et une trentaine de hameaux, soutiennent des candidats conservateurs. À lui seul, Karol Nawrocki y a obtenu 44,3 % des votes dimanche 18 mai, suivi par le « patriote » d'extrême droite Slawomir Mentzen, candidat de la coalition conservatrice Konfederacja. Le prorusse et antisémite assumé Grzegorz Braun - 6 % à l'échelle nationale - a lui atteint les 10 %. « Si j'avais voté au premier tour, je l'aurais choisi, admet Witold. Il a du caractère. »
Kilian Bigogne, envoyé spécial à Kotun