Décortiquer le contrat de coalition allemand requiert un œil de juriste, une bonne connaissance des susceptibilités partisanes et une mémoire d'historien ! Ainsi, à la page de la répartition des ministères, seuls les experts des tout débuts de la République fédérale ont pu immédiatement repérer la rupture portée par le futur chancelier Friedrich Merz.
Lors de la négociation des postes entre les partis de gouvernement, il a cédé les Finances aux sociaux-démocrates du SPD en échange du portefeuille des Affaires étrangères, qui va revenir à son parti, la CDU. Il faut remonter à 1966 pour voir un chrétien-démocrate à cette charge !
Traditionnellement, ce ministère est offert au parti « junior » de la coalition, qui, en pilotant la diplomatie, est une force d'appoint des positions de la chancellerie. L'Allemagne de Friedrich Merz renverse donc cette loi informelle. Le futur chancelier veut sortir le pays de sa torpeur sur la scène mondiale et garder lui-même la main sur les dossiers internationaux. En creux, c'est une critique du chancelier sortant, Olaf Scholz, qui fut incapable de trancher entre les différents pôles de sa majorité. Résultat : il a dérouté tous ses partenaires avec ses hésitations, incohérences et volte-face.
Friedrich Merz revient à une pratique théorisée par son prédécesseur Konrad Adenauer, qui était à la fois chef de gouvernement et ministre des Affaires étrangères. « Cela reflète certainement sa vision du pouvoir, qu'il souhaite plus centralisé, décrypte Paul Maurice, secrétaire général du comité d'études des relations franco-allemandes à l'Ifri. Mais cela correspond aussi à une nécessité d'efficacité compte tenu des décisions fortes qu'il faudra prendre à l'échelle internationale et européenne. »
Par Hélène Kohl, correspondante à Berlin