LA TRIBUNE DIMANCHE - Le pape va donc se rendre à Ajaccio ?
CARDINAL FRANÇOIS BUSTILLO - Je lui ai en effet proposé de venir dans mon diocèse d'Ajaccio, lançant cette invitation comme le font en réalité tous les évêques. Cela a fait du chemin dans sa tête. Ne me demandez pas pourquoi le Saint-Père va en Corse plutôt que de se rendre dans la capitale. Nous préférons juste nous réjouir sans nous poser trop de questions.
Comment l'idée de la Corse a-t‑elle germé dans sa tête ?
François est autonome, libre et fort peu influençable. Il aime aussi le côté populaire, or en Corse on a cette habitude notamment de chanter en marchant dans la rue. Il y a des signes comme la symbolique du feu avec les bougies, les rites de l'eau, bref des gestes qui traduisent des traditions bien ancrées, certes « saintes » mais, j'insiste, populaires. Ce pape argentin y est très sensible. Le côté fête patronale où on s'habille pour aller à la messe et fait mémoire des saints ; ces gestes typiques de la culture insulaire qui se transmettent - même s'ils ne figurent pas dans l'Ancien Testament , car après tout les Corses sont un peuple moderne qui de nos jours voyage partout, en continuant de maintenir ses traditions. Bergoglio aime ceux qui savent préserver leur identité. Cela n'a rien d'un côté incolore de la religion que l'on peut voir désormais aux États-Unis et en Europe, où tout semble souvent pareil dans une sorte de conformisme culturel ! Les traditions corses, elles, sont enracinées dans le passé, ce qui séduit Sa Sainteté. Je ne parle pas là de nostalgie mais d'une volonté d'aller de l'avant aussi.