Le secteur financier est contraint à une sévère cure d'amaigrissement

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Les contraintes réglementaires imposent une réduction des bilans et de nouveaux modèles bancaires.

Maman, j'ai rétréci les banques ! » pourrait être le prochain scénario de l'industrie financière des prochaines années. Après les « supermarchés » de la finance et les mégabanques, l'heure est désormais au désendettement (« deleveraging » ou réduction de l'effet de levier). L'intention affichée par Société Généralecute; Générale de céder des actifs pour alléger ses besoins de fonds propres de 4 milliards ou encore l'annonce par BNP Paribas d'une réduction de 10 % de son bilan d'ici à 2012 (lire page 14) illustrent bien le changement de ton.

Ce processus est déjà sur les rails en Europe et aux États-Unis, même si, paradoxalement, la crise de 2008 a contribué à un renforcement de la concentration bancaire, les établissements les plus solides absorbant les plus faibles. Mais, aujourd'hui, le FMI, les régulateurs et les politiques observent avec méfiance ces « monstres » bancaires, désormais baptisés « Sifis » ou établissements systémiques - une notion nouvelle - actuellement au nombre de 80 et dont la faillite serait de nature à provoquer une nouvelle crise... systémique.

Renforcer les fonds propres

La loi Dodd-Frank aux États-Unis et la commission indépendante Vickers en Grande-Bretagne ont déjà jeté les bases d'une réflexion pour un secteur bancaire plus sûr. En France, personne n'a cru bon de mener ces débats, considérant les banques françaises comme « immunisées » contre les excès de la finance. Pourtant, avec la crise de la dette souveraine, elles sont vite apparues comme les plus fragiles, car elles figurent parmi celles dont l'effet de levier est le plus important. Le total de bilan de BNP Paribas représente 27 fois ses fonds propres et ce multiple s'élève à plus de 50 pour la Société Généralecute; Générale. En comparaison, les principales banques américaines affichent un ratio moyen de 10. Pour parvenir à ce résultat, à périmètre constant, note l'analyste Jean-Pierre Chevallier, il faudrait augmenter les fonds propres des banques françaises de 360 milliards d'euros ! La cure d'amaigrissement s'avère donc incontournable.

La pression des nouvelles règles prudentielles du Comité de Bâle, qui exigent davantage de capital « dur » pour certaines activités de marché (avec, en prime, une couche supplémentaire pour les « Sifis »), obligera les banques à modifier leur « business model » et à abandonner des pans entiers d'activités, souvent très rémunératrices comme les produits structurés. Et pour durcir encore la régulation, certaines lois imposent purement et simplement la cession d'activités (le trading pour compte propre aux États-Unis), encouragent la séparation des activités de banque de détail et les opérations d'investissement (projet de réforme en Grande-Bretagne) ou rajoutent des exigences de fonds propres (Suisse).

De laborieux compromis

Certes, ces lois ne seront opérationnelles qu'en fin de décennie et l'innovation financière étant permanente, l'adaptation des réglementations continuera à passer par de longs et laborieux compromis. Mais la trajectoire est claire : les activités de banque d'investissement généreront moins de revenus et la rentabilité devrait être divisée par deux à moyen terme. Les grandes banques s'y préparent déjà et annoncent des réductions de coûts massives.

Les banques centrales et les économistes commencent aussi à plancher sur de nouveaux modèles de banques. Une idée consisterait à considérer les banques systé­miques comme une accumulation de banques nationales, qui devraient être capitalisées séparément.

Une autre approche, en vogue aux États-Unis, tourne autour de la notion de « narrow banking » (ou banque sûre), développée par John Kay, qui limite la possibilité pour les ­banques de dépôts de se lancer dans les activités de marché. Ces banques, réduites à des activités essentielles, seraient plus efficientes à financer l'économie et sans risque pour la collectivité. Il est également envisagé de forcer les banques à se scinder par le biais de « testaments » qui définiraient ce qui se passerait en cas de faillite, la partie « marchés » devant assumer leurs pertes. Toutes ces réflexions laissent pourtant de côté le principal enseignement de la crise : le manque de fiabilité des mesures du risque. Rien n'a changé dans ce domaine, sauf que l'on ne peut plus titriser ses actifs !

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